Un an de Gilets Jaunes : l’heure du premier bilan

Nous l’attendions, le gouvernement le craignait et les médias s’en sont repu. Un an après le début du mouvement, les Gilets Jaunes fêtaient ce week-end leur premier anniversaire.
Étrange célébration que celle d’un embrasement citoyen qui n’a pas obtenu de réponse de la part de ses gouvernants et d’une mobilisation qui, après cinquante-trois semaines, continue à s’élever contre les mêmes injustices. Cependant, cet événement se voulait être d’abord et avant tout une joyeuse commémoration, à l’image de la fraternité retrouvée autour des braseros au mois de novembre 2018. De nombreux militants attendaient donc ces 16 et 17 novembre avec une impatience non-dissimulée.

Il était primordial pour nous tous de célébrer cette une année écoulée à se construire une réflexion, un projet de société, à porter le mouvement dans sa mutation, à l’observer se distendre par endroits et se resserrer ailleurs. Ce premier anniversaire était d’abord celui de l’éveil politique – pas politicien – pour beaucoup de citoyens, conscients depuis lors que la politique est l’affaire de tous et pas de quelques-uns. L’occasion aussi de se retrouver, et de rappeler aux dirigeants que sous la répression politique et policière couvent les colères. Macron a joué le pourrissement et se retrouve face à une population sous tension. Des spasmes secouent la société civile française et les Gilets Jaunes ne sont plus les seuls symboles des dégâts du macronisme. Gilets Jaunes, retraités, étudiants, personnel hospitalier, travailleurs du rail, pompiers, tous sont aujourd’hui les cibles rebelles d’une violente politique de régression sociale.

A Lyon, ce samedi 16 novembre, ce sont deux mille manifestants qui se sont risqués à sortir dans les rues malgré un climat toujours délétère et répressif : les coups de matraques tombent, les lacrymogènes pleuvent sans raison ni sommation et la milice gouvernementale est en surnombre. Leur détermination intacte, renforcée par l’occasion, les manifestants n’ont pas quitté la place Bellecour. Ce refus de se laisser pousser vers Gerland pour subir l’habituel nassage constitue une première victoire, toute symbolique certes, mais une réussite sur le plan du rapport de forces. Et effectivement, après quelques percées repoussées à grands renforts de volutes asphyxiantes, certains manifestants ont réussi à traverser les barrages policiers. En fin d’après-midi, on pouvait retrouver plusieurs groupes de Gilets Jaunes à divers endroits de la ville : dans la rue de la République, au centre commercial de la Part-Dieu, sur la Place des Cordeliers, déstabilisant ainsi la police et faisant résonner les chants et les revendications jaunes dans les rues lyonnaises.

Palets de lacrymo / dispositif policier – Crédits : Lyon Rebellion https://www.facebook.com/lyonrebellion/

Mais au-delà du rituel qui accompagne systématiquement les cortèges, que devons-nous retenir, nous, Gilets Jaunes, de cette détermination ? Quelles leçons tirer de cette mobilisation ?

Là encore, il faut s’obliger à refuser la propagande médiatique et ne compter que sur notre expérience de terrain et nos réseaux. Loin d’une participation anecdotique (28 000 selon les organes de presse dépendants), bon nombre de citoyens étaient présents malgré une année à subir l’agressivité du maintien de l’ordre macroniste, les menaces, la répression, les rappels à la loi et autres comparutions. Après un an à exiger la justice à ceux qui la leur refusent tout en s’arrangeant avec elle, on aurait pu croire que beaucoup auraient baissé les bras et raccroché le gilet. Alors en voyant les manifestants, certes désorganisés et rapidement mis en déroute par les charges policières, en observant cette population crier sa révolte malgré l’appréhension, la peur et le sentiment d’impuissance, on mesure l’ampleur de la colère qui couve. On comprend que Macron a allumé un peu partout des brasiers et qu’il ne sera pas le pompier pyromane qu’il voudrait être.
Tout doucement, corps de métier après corporation, smicards après retraités, chômeurs après étudiants, employés, ouvriers et amoureux de la démocratie, tous sentent souffler dans leurs voiles le vent de la révolte.

Crédits : Lyon Rebellion https://www.facebook.com/lyonrebellion/

Loin de nous laisser désarmés, cet anniversaire nous donne une conviction nouvelle, la France frémit encore de sa colère, la source ne s’est pas tarie, au contraire. Nous devons maintenant utiliser notre force collective à bon escient… Il « suffit » de nous rassembler pour enfoncer le point faible de nos despotes, il faut leur opposer ce qui nous appartient de façon inaliénable : notre force de travail. Macron doit avoir mal à son économie, il doit être battu sur son terrain ; celui du CAC 40, des patrons de presse nationale, des ultra-riches, d’une oligarchie qui ne se cache plus.
S’il reste un combat stratégique à mener, s’il y a une action légale qui puisse freiner la régression sociale qui vient, c’est la grève. Un blocage économique pourrait bien forcer l’exécutif à rappeler ses molosses à la maison, à reculer et signera alors le début d’une lutte victorieuse.
Nous n’acceptons plus, nous ne devons plus accepter qu’on nous spolie de tout et qu’on nous oblige par-dessus le marché à en avoir l’air satisfaits. Ils ont fait naître des consciences politiques, ils ont poussé les citoyens à prendre leur destin en main, le 5 décembre 2019, nous en prendrons le chemin!

Manifestations lors des grèves 1995 – Isère
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