[Sous les gilets, la vie] Pourlavenir : tout un programme ! « Ce n’est qu’en changeant la société qu’on peut la rendre meilleure ! »

« Se mobiliser est un devoir »

Pourquoi le Gilet jaune ?

Parce que se mobiliser est un devoir. C’est quelque chose que j’ai compris tardivement parce que je viens d’un milieu où on ne milite pas, où l’on ne conteste pas l’autorité. Et jamais je ne serais devenue militante si je n’avais pas connu le chômage et la concurrence sur le marché du travail. C’est l’informatisation qui m’a fait perdre mon premier métier dans la comptabilité. Je me suis pourtant reconvertie en apprenant des langues étrangères. En fait, au départ, j’ai joint l’utile à l’agréable. J’ai voyagé, c’était un rêve et en même temps l’occasion d’apprendre l’anglais et l’espagnol, donc j’ai vécu en Angleterre, traversé les Etats Unis puis vécu au Mexique et en Amérique Centrale.

Quand je suis rentrée, dans les années 1980, j’ai eu du mal à trouver du travail, je n’avais que des petits contrats. Alors j’ai suivi une formation à l’AFPA dans l’export et j’ai retrouvé du travail. Mais on ne peut pas rester longtemps dans une petite entreprise quand on dit ce qu’on pense. Et sur le marché du travail, avec ma formation de recyclage, je ne faisais pas le poids face à de jeunes diplômés qui arrivaient avec un BTS. Donc j’ai eu beaucoup de mal. J’ai enchaîné des tas de CDD, dans des administrations, un peu partout, et puis j’en ai eu de moins en moins, ça s’est espacé et, plus le temps passait, moins j’avais d’espoir.

Alors après avoir beaucoup déprimé, je suis devenue militante. Un jour, devant l’ANPE, j’ai vu des gens qui distribuaient des tracts. C’était Agir Ensemble contre le chômage ! Je m’y suis intéressée, j’y suis allée et ça m’a vraiment beaucoup aidée. Moi qui me disais, c’est ma faute si je ne trouve pas de boulot, je suis trop vieille, trop ceci et pas assez cela… En fait, ils m’ont permis de comprendre que c’est la société qui met les gens de côté. Il y a plus de gens que d’emplois, il faut donc qu’il y en ait qui restent sur le carreau, les moins formés, les plus vieux, etc. Donc ça a été important pour moi de faire cette rencontre. J’ai beaucoup milité avec AC ! puis est arrivé le mouvement des chômeurs en 1997, dans lequel je me suis beaucoup engagée. Depuis, j’ai toujours gardé l’âme militante. Je fais toutes les manifestations, avec mon chien qui est comme mon porte-parole.

Et le mouvement des Gilets jaunes est arrivé. J’ai appris leur existence à la radio. Je n’ai pas hésité, je me suis rendue sur le rond-point de Saint-Priest dès le 17 novembre. J’avais déjà un gilet jaune que j’utilisais pour des manifestations pour l’environnement. Depuis, je vais surtout dans les manifestations mais je pense qu’il faudrait réussir à faire des blocages des centres commerciaux.

Etre Gilet jaune, c’est quoi ?

C’est participer à bloquer l’économie. Moi, je ne peux pas aller bloquer les péages mais je pense que c’est ce qu’il faut faire. Les manifestations, ça ne suffit pas… d’ailleurs, si on a eu, les Gilets jaunes, un peu de poids, c’est parce qu’on a bloqué la consommation au moment crucial des fêtes de Noël. Il faut toucher aux points sensibles. On n’a que ça comme mode d’expression car les politiques n’entendent pas. J’ai tout essayé. J’ai même écrit aux candidats de gauche au moment de la présidentielle de 2012, pour leur proposer des mesures concrètes, que ce soit pour réduire le chômage ou pour financer autrement la protection sociale.

Mais maintenant, j’ai un blog (https://blogs.mediapart.fr/pourlavenir/blog) sur lequel je publie mes idées. Par exemple, je suis pour que la diminution du temps de travail soit basée sur la pénibilité du travail. Les salariés dont l’activité menace leur santé ou leur équilibre de vie devraient travailler moins mais être payés à temps complet. Comme ils travaillent souvent dans des petites entreprises, il faut imaginer une taxe sur les dividendes des grandes entreprises, pour alimenter un fond permettant de payer ces compléments de salaire. J’ai publié cette proposition ici : https://blogs.mediapart.fr/edition/pole-emploi-mon-amour/article/121014/contre-le-chomage-le-partage-du-travail-et-non-la-persecution-des-chomeurs-la

De la même façon, il faut revoir le financement de la sécurité sociale car le travail humain est appelé à être remplacé par des robots ou par l’intelligence artificielle. Il faut aussi agir pour l’environnement. On peut le faire en prélevant des cotisations – et non des taxes – sur les machines pour faire cotiser le capital. Il faut aussi faire cotiser les « Polluants » pour appliquer le principe « pollueur-payeur » aux entreprises. Cela permettrait de leur faire financer la transition écologique proportionnellement à leurs nuisances sur l’environnement : https://blogs.mediapart.fr/edition/pole-emploi-mon-amour/article/300714/sauvons-la-secu-cotisations-patronales-sur-le-capital-au-lieu-de-sur-le-travail 

Mais on ne parviendra pas à se faire entendre tant qu’on n’aura pas entrepris une grève de la consommation revendiquée comme telle – par exemple, en ne fréquentant plus les hypermarchés le jeudi – pour exiger un référendum sur les réformes de Macron. J’ai mis une pétition en ligne dans ce but car c’est un devoir de se mobiliser ! Pour ma part, ce sont les voyages et le militantisme qui ont été mes deux universités. Je continue à me former et m’informer toute seule et maintenant, écrire est devenu vital pour moi. Voici d’ailleurs un lien vers le best of de mes publications en ligne : https://blogs.mediapart.fr/pourlavenir/blog/290416/mon-best-liens-vers-mes-principaux-billets

Merci beaucoup de m’avoir lue et n’oubliez pas de signer la pétition pour la grève de la consommation : http://chng.it/SGtGrQDz

PARTAGER :