[Sous les gilets la vie] Nathalie, 42 ans et Gilet Jaune dans l’âme

« Je suis en manif ou sur les ronds-points tous les samedis depuis la fin novembre. Je suis fière de ce que je fais. Toute ma famille est Gilet Jaune et les actifs c’est moi et ma sœur. »

Une Gilet Jaune au front

« C’est ma fille de 15 ans qui m’a fait découvrir les Gilets Jaunes grâce à un youtubeur qu’elle regarde, Jeremstar. Après j’ai vu les infos à la télé le 17 novembre et j’ai dit à mes enfants : à partir de maintenant vous ne me verrez pas le samedi. J’étais Gilet Jaune, j’ai senti que c’était pour moi. Depuis tous les samedis je suis en manif ou sur les ronds-points à Lyon et Givors par tous les temps », raconte Nathalie un samedi soir sur le rond point de l’hôpital de la Croix-Rousse en montrant sur son portable ses albums de photos de famille en manif. Des photos qu’elle envoie aussi pendant les manifs à sa mère, pour la rassurer. Sa mère, qui garde ses enfants, craint que sa fille ne soit mise en garde à vue, ou pire. Elle a peur pour sa fille. Nathalie montre fièrement ses photos où elle manifeste en famille, mais aussi des photos avec Rodriguez ou Ramous. Que des bons souvenirs, même s’il a fallu apprendre à manifester, à ne pas mettre de maquillage à cause des gaz lacrymogènes par exemple. « Tout le monde a peur de sortir. Faut voir ce qu’ils nous mettent dans la gueule. J’ai souvent peur mais j’y vais, je suis au front en tête de cortège. Tout est jaune chez moi et j’ai besoin d’exprimer ma rage pour me défouler. » Mais à choisir, elle préfère l’occupation des ronds-points et les blocages d’autoroute, de péage.

« Je suis dans la merde et ça m’a forgée »

« Tu te rends compte, on est le 13 juillet et je suis déjà dans la merde. Il me reste 200 euros pour vivre, avec 4 gosses », explique cette Gilet Jaune divorcée qui n’en peut plus de travailler pour rien gagner et juste survivre. Nathalie, depuis l’âge de 16 ans, a toujours travaillé. Et pourtant, à 42 ans, elle est encore « dans la merde ». Elle était coiffeuse mais suite à son divorce elle a déménagé à Vaulx en Velin dans un HLM et a changé de métier. Après un emploi à l’ADAPEI auprès d’enfants handicapés, elle travaille maintenant comme agent d’entretien dans une mairie. Dans son boulot, tout est chronométré alors qu’elle travaille avec des enfants. Elle se lève tous les matins à 5 heures, elle cumule les heures supplémentaires pour pouvoir avoir des revenus pendant les congés scolaires. Tout ça pour toucher un salaire de 1 200 euros et 300 euros d’allocations familiales pour elle et ses 4 enfants.

Elle avait arrêté de fumer des Marlboro quand le paquet est passé à 7 euros et elle s’était mise à la cigarette électronique, jusqu’au jour où elle n’avait plus assez d’argent pour se la payer. « C’était mon seul plaisir et je ne pouvais même plus me payer ça. Là j’ai commencé à insulter Macron. En dehors de ça je ne pouvais rien me payer. Les enfants voudraient bien partir en vacances mais c’est pas possible. J’en ai marre de survivre », répète Nathalie.

« Je veux de la justice de partout bordel ! »

La politique elle n’y connaissait rien  mais elle ne supportait pas ce que les politiciens disaient. Elle a voté blanc aux élections et elle croit qu’il ne vaut mieux pas que ça se sache si elle veut un jour être titularisée dans la fonction publique. Elle pense que les difficultés de la vie lui ont forgé un caractère et que maintenant qu’elle est Gilet Jaune elle ne lâchera rien. Des connaissances lui ont dit que les gendarmes sont à deux doigts de craquer donc c’est pas le moment de lâcher, pense-t-elle : « On veut tout. Tout le monde sait ce qu’on veut, on l’aura peut-être pas tout de suite mais on l’aura. Et je veux être présente. » C’est peut-être ça être Gilet Jaune dans l’âme. Ne pas seulement revendiquer ou demander mais affirmer sa volonté et son droit d’exister.