[Sous les gilets la vie] Cécile : Gilet Jaune pour le droit au logement d’abord

Cécile a 44 ans. Elle est mère célibataire d’un fils étudiant et elle est saisonnière dans le domaine du tourisme.

Comment tu as mis le gilet jaune ?

J’étais devant ma télé. Je regardais les chaînes d’info en continu LCI et C-news le 17 novembre. Des gens de ma région d’origine en Normandie bloquaient l’accès aux bateaux et portaient tous un gilet jaune. J’ai trouvé tout de suite l’idée du gilet jaune géniale. J’ai commencé par regarder sur facebook les groupes Gilets Jaunes autour de Lyon pour trouver des infos. Je suis allée à Bellecour, puis j’ai pris des contacts avec le groupe de Teo (tunnel est ouest) mais je n’avais pas de voiture pour aller au péage. Et puis je suis allée à l’assemblée place Guichard. On était 700 [812 au plus fort, 450 lors de la première assemblée] et les prises de parole m’ont plu. Depuis, j’ai fait toutes les manifs du samedi, deux manifs du dimanche et presque toutes les assemblées du lundi.

Je n’avais jamais eu aucun engagement politique et je n’avais jamais participé à une manif. Bon, personnellement je suis sortie d’affaire mais j’ai galéré comme femme seule avec mon fils et je me suis identifiée par solidarité féminine à toutes ces femmes qui galèrent. Je suis très sensible à la justice sociale. Et nous les femmes nous sommes très présentes dans ce mouvement.

Pourquoi avoir mis le gilet jaune ?

Mon accès au logement a toujours été incertain et il l’est encore. Un logement décent pour tous est la revendication des gilets jaunes qui me concerne personnellement le plus. Au début de ma vie professionnelle j’habitais une chambre de 11m² dans un Foyer de Jeunes Travailleurs que j’ai été obligée de quitter à la fin de mon contrat de travail de saisonnière. On m’a orientée vers un foyer de sans domicile fixe. Premier choc. Je me suis alors tournée vers des solutions illégales : sous location, faux contrat de travail. Après je me suis installée en couple et nous avons eu un fils. Le garant était un ami de mon compagnon. Puis nous nous sommes séparés. J’ai perdu le garant et donc le logement avec un délai de deux mois pour en retrouver un avec mon gamin sous le bras. Les services sociaux ne m’ont proposé qu’un hébergement temporaire cette fois dans un foyer pour femmes seules. Deuxième choc. J’ai ensuite enchaîné les locations au sein du parc privé avec des propriétaires pas toujours très réglos et sans parler des agents immobiliers profitant de la précarité des femmes pour faire des propositions malhonnêtes en échanges de services à caractère sexuel. J’ai fini par pouvoir m’installer à peu près correctement quand j’ai eu un travail mieux rémunéré et grâce à des membres de ma famille qui se sont portés garants. En l’absence de CDI, après un long épisode de chômage et un dossier CAF bloqué je me suis retrouvé en difficulté de paiement. Mon frère m’a aidée tout en me rendant responsable de ma situation. A l’heure actuelle, mon fils a pris son indépendance, avec mes petits revenus de 700 euros, des allocations logement réduites par le gouvernement à 200 euros, et un loyer de 710 euros, j’arrive à m’en sortir en sous louant 500 euros la chambre de mon fils. Mais c’est une solution illégale. Si je me fais « gauler » je risque une amende et une expulsion.

Voilà pourquoi je revendique auprès du gouvernement des garanties pour un accès au logement décent, des allocations de logement revalorisées, la fin de la spéculation financière sur la construction de logements, la chasse aux marchands de sommeil, la participation de citoyens dans les commissions d’attribution du logement social. Et en attendant, je demande que la justice ne s’en prenne pas aux particuliers qui se débrouillent comme ils peuvent pour payer leur loyer, se loger et s’en sortir.

Etre gilet jaune c’est quoi ?

Je mets beaucoup d’espoir dans les Gilets Jaunes. Si toutes nos revendications pouvaient être mises en œuvre, tu te rends compte de ce que ça changerait ? Et c’est un moyen de passer de l’écran au fait de partager physiquement, de se parler, de se passionner pour la politique. En fait, un Gilet Jaune c’est quoi ? Ce n’est pas un parti politique de plus, au contraire, c’est la capacité de fédérer au-delà. Nous sommes des lanceurs d’alerte avec une capacité d’indignation et de dénonciation. Si demain, tout le monde sortait avec son gilet jaune et était capable de regarder le gouvernement en face pour lui dire ses quatre vérités sur la dette et l’austérité, sur les injustices et les inégalités, sur la propriété de nos outils de travail, sur la mal-bouffe et la mal-vie. Voilà qui changerait les choses.