[Sous les gilets la vie] Alain, ex-représentant de commerce : des ronds-points du Jura à une commission revendication

Un projet à coeur ? Les maisons du peuple ou cabanes jaunes…

A la rencontre des Gilets Jaunes…

Le 17 novembre, Alain part à la rencontre des Gilets Jaunes à Ambérieux, au rond-point Château Gaillard près d’Intermarché où ils étaient 300 à filtrer la circulation. Il n’était pas « chaud » ni « emballé » par leurs méthodes, mais il y va pour voir et discuter. Il faut dire qu’Alain à cette époque était militant d’En Marche, bien que de plus en plus critique vis à vis de cette formation politique qui ne tenait pas les promesses de renouveau de la vie politique pour lesquelles il l’avait rejoint. Il avait même créé dans l’Ain, son département de résidence, le mouvement 008 pour mobiliser « les déçus du monde politique, les abstentionnistes » afin de renouveler une démocratie qu’il juge malade et qui devrait devenir selon lui populaire, avec tous ceux qui en sont exclus. Début décembre, il signe une rupture conventionnelle avec son employeur et il met fin à son activité professionnelle de commercial dans le textile. En regardant un débat sur LCI, il entend un Gilet Jaune de Dole dans le Jura qui attire son attention. Il décide alors de se rendre sur les ronds-points du Jura où il va dormir plusieurs nuits. Il y rencontre des retraités, des artisans, des chefs de petites entreprises, tous très mobilisés, étrangers à la politique des partis, vivant en milieu rural. Ce qui les a fait sortir sur les ronds-points ce sont les taxes, le pouvoir d’achat, le RIC et le sentiment partagé par toutes et tous de subir et d’être méprisés. Alain n’y a jamais entendu parler d’immigration. En revanche, sur les travailleurs détachés, les actions des Gilets Jaunes du Jura ont été déterminées, avec blocage des camions non par peur des étrangers mais par peur de la concurrence. Alain constate que sur les ronds-points, les femmes sont très présentes et ce sont souvent elles qui organisent et prennent des responsabilités.  Bricoleurs, les occupants des ronds-points ont rapidement construit des cabanes qu’ils ont équipées de chauffage pour faire face à l’hiver. Mais dans les groupes que forment les Gilets Jaunes naissent aussi des dissensions et des questions de méfiance ou de défiance vis à vis de ceux que l’on ne connaît pas. Alain se fait exclure. Il retourne dans l’Ain sur les ronds-points de Meximieux et de Saint-Rambert où il est connu comme ancien militant de la république en marche, et « ça ne le fait pas ».

Quel genre de Gilet Jaune est Alain ?

Suite à une manifestation à Lyon, il participe à l’assemblée populaire du 17 décembre. Puis il prend contact avec la commission revendications et débats via Facebook, à laquelle il participera régulièrement. Mais quel genre de Gilet Jaune est Alain, et qu’est ce qui motive son engagement ? Au départ, ce ne sont pas les questions de pouvoir d’achat mais davantage la démocratie, l’horizontalité, les maisons jaunes, le RIC pour rendre le pouvoir au peuple et la possibilité de prendre des décisions et des initiatives. Il tient beaucoup au côté trans-partisan du mouvement qui permet à des gens différents aux idées divergentes voire opposées de se rencontrer, de débattre et de trouver des solutions, des propositions nouvelles et innovantes. Après, même si l’augmentation des revenus n’est pas sa principale revendication, il reconnaît que que beaucoup de Gilets Jaunes rencontrés ne disposent pas de revenus leur permettant de vivre décemment. Dans sa propre famille, il constate que ses parents, qui auparavant vivaient correctement de leur retraite, voient leurs dépenses augmenter et leur pouvoir d’achat diminuer.

Pour lui, il cherche une activité économique plus en accord avec le mode de vie et le projet de société auxquels il aspire. Il participe au montage d’un projet dans le Bugey à la fois jardin biologique de roses anciennes, lieu d’accueil et de culture, et épicerie biologique et culturelle. En attendant il fait le trajet de l’Ain à Lyon tous les vendredis au « rond-point » du pont de la Guillotière, tous les mardis soirs à la commission revendications et débats, et de temps en temps à la manifestation du samedi. Un projet lui tient particulièrement à coeur : les maisons du peuple ou cabanes jaunes ; mais ce n’est peut-être pas encore mûr.