Services hospitaliers sous perfusion : les soignants en grève

Samedi 1er juin pour l’acte XXIX, gilets jaunes et blouses blanches manifesteront ensemble pour dénoncer les politiques économiques imposées aux hôpitaux publics.
Personnel en sous-effectif et débordé, temps d’attente qui explose, fermetures de services entiers, violences envers les soignants ; l’hôpital public semble atteint d’une maladie incurable. Le goût du profit de notre gouvernement serait-il occupé à prendre la place dédiée à l’éthique ?
En 2018, après avoir annoncé une augmentation de 4%, le ministère de la santé a seulement dédié 2% de son budget aux hôpitaux. En d’autres termes, les établissements de santé ont dû supporter 960 millions d’économies, ce qui équivaut à la suppression de 150.000 emplois.

Il suffit d’entrer dans un hôpital, au service des urgences par exemple, pour prendre la mesure du problème ; brancards imbriqués les uns dans les autres, lits séparés par des cloisons en tissu faute de place, salles d’attente pleines à craquer, ambulanciers amenés à pratiquer des soins, personnel soignant qui semble ne jamais s’arrêter de courir. Et puis, il y a ceux que l’on ne voit pas : les infirmiers, les aides-soignants, le personnel administratif, ceux qui, à bout de souffle, se mettent en arrêt maladie, ce médecin qui s’est suicidé, ou encore cette patiente décédée dans un couloir. Enfin, il y a tout ceux qu’on ne verra plus à cause des services qui ferment, des lignes du SMUR (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation) qui sont supprimées, des hôpitaux qui fusionnent ou qui mettent la clé sous la porte.

 

Quel mal nous ronge ?

Le gouvernement Macron ne parvient pas à voir la problématique dans sa globalité avec tous les enjeux qu’elle représente. A force de vouloir responsabiliser chaque personne en difficulté qui croise son mandat, il découpe et cloisonne jusqu’à oublier que chaque corps de métier est un rouage nécessaire au bon fonctionnement des soins.
L’hôpital n’est plus envisagé en tant qu’entité mais sous l’aspect des services et des corps de métier liés. Ici, on fera une économie sur les postes infirmiers ou ambulanciers, là, au détriment des aides-soignants, des médecins ou du personnel administratif pour mais aussi aux patients, aux aidants, à leurs familles. Ainsi, on désosse et on réfléchit individuellement aux revendications salariales, à la baisse des honoraires, au déficit budgétaire de chaque établissement, au manque de moyens financiers et humains, au retard sur le virage numérique, sans trouver de solution globale. Pourtant, penser l’hôpital, c’est tenir dans une même réflexion et une même action les patients, les aidants quels qu’ils soient, et les soignants, peu importe leur diplôme. C’est finalement considérer que la santé et le soin sont des enjeux pour tous.

 

C’est grave, docteur ?

La loi de financement de la Sécurité Sociale votée en octobre 2018, visait à combler le « trou de la sécu ». Un retour à l’équilibre qui a conduit entre autres à appliquer une politique d’austérité traduite par des coupes claires dans le budget alloué aux hôpitaux, pour beaucoup, déjà en déficit. Déficit creusé par la tarification à l’acte avec des honoraires de plus en plus bas qu’une activité toujours en hausse ne parvient pas à équilibrer. Le manque à gagner est encore accentué par l’orientation systématique vers des soins ambulatoires, beaucoup moins rentables que les hospitalisations.
C’est ainsi que naturellement, alors que d’année en année leurs moyens sont revus à la baisse, les établissements hospitaliers ne peuvent plus investir dans du matériel, des lits ou rénover les bâtiments. En outre, il est devenu inenvisageable de créer de nouveaux postes ou de revaloriser les salaires à hauteur du travail effectué et des responsabilités portées par les soignants. Ceux-ci qui, en plus de subir des conditions de travail particulièrement éprouvantes, doivent composer avec un management souvent inhumain, une reconnaissance salariale a minima et un nombre croissant de patients. Patients qui, dans la continuité du mal-être des soignants, expérimentent un système de soins engorgé et débordé, impersonnel et déshumanisé.

En conséquence de quoi, depuis quelques mois, les préavis de grèves se succèdent dans les services hospitaliers à travers le pays. Ces actions sont pour l’essentiel, symboliques puisque les soignants continuent à y travailler afin d’assurer la prise en charge des malades. Très marginalement, certains travailleurs ont refusé d’assurer leur poste quelques heures durant en fermant leurs services.
A côté de ces actions, pour la plupart invisibles du grand public, on ne compte plus les lettres ouvertes à Emmanuel Macron qui malgré quelques phrases grandiloquentes, ne répond ni aux revendications des soignants ni à celles des patients, usagers du service public. De même, l’actuelle ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, est pointée du doigt pour ses réformes. Le personnel médical s’élève contre le projet de loi « Ma santé 2022 » , évoquant les difficultés des médecins et les déserts médicaux, sans toutefois proposer de solution viable. Autant de raisons pour ceux qu’on appelle aujourd’hui les « blouses blanches » de dénoncer leurs conditions de travail et d’exprimer leur colère légitime.

 

Ça se soigne ?

Force est d’admettre que le service public hospitalier va mal et que les réformes récentes ou à venir ne semblent pas aller dans le sens d’une amélioration. Le secteur hospitalier privé connaît lui aussi des difficultés réelles, et fait face à des enjeux similaires, toute proportion gardée. Cette casse de notre système de santé, c’est l’affaire de tous. Mais au-delà même de ce secteur, la logique qui conduit au démantèlement du service public de soins est celle qui touche bien d’autres champs comme celui de l’éducation, de la prise en charge des personnes vieillissantes, de la solidarité…
C’est une stratégie politique qui consiste à cloisonner de façon à laisser entendre que le problème ne concerne qu’une partie de la population ou à mettre en avant le déficit financier pour justifier l’austérité des plans économiques. Nos élus prétendent entendre les revendications mais ils ne les écoutent pas, pas plus d’ailleurs qu’ils reconnaissent la souffrance.
Ces méthodes, nous les connaissons bien. C’est contre elles, contre ce système qui nous fait croire qu’il n’a plus les moyens d’avoir de l’ambition pour ses services publics, contre le manque de clarté et la désinformation que nous pouvons encore nous soulever aujourd’hui.
Les blouses blanches sont des gilets jaunes comme les autres !

Plus d’informations sur la convergence sur Facebook :
Cause : Convergence Gilets Jaunes/Blouses blanches
Evénement : Acte XXIX convergence gilets jaunes blouses blanches

 

 

[1] https://solidarites-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/ma-sante-2022-un-engagement-collectif/

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