Samedi Jaune sur les routes en Rhône Alpes : c’est l’autoroute du peuple !

Samedi 3 août, de nombreux Gilets Jaunes de la région lyonnaise se sont retrouvés au péage de Vienne Revantin Vaugris. L’idée : lever les barrières et permettre aux automobilistes de passer sans s’affranchir des tarifs exorbitants aujourd’hui réclamés pour circuler sur nos autoroutes. Retour sur une journée mouvementée autour des péages, une des pierres angulaires des actions jaunes depuis le début du mouvement.

Le pourquoi du comment

Cette opération a été baptisée « l’autoroute du peuple » : force est de constater que ce bien du peuple, financé par le peuple et utilisé par le peuple est détenu par ses exploitants qui touchent l’intégralité des bénéfices. Et c’est intolérable. Partant de ce constat, l’idée s’est imposée : reprenons nos infrastructures de transport, qui devraient nous appartenir depuis toujours. Que l’autoroute devienne l’autoroute du peuple !

Après un mois de réflexion et de préparation, des éléments concrets se sont enfin dégagés grâce à tous les Gilets Jaunes qui ont échangé leurs idées, leurs énergies, leurs répertoires avec leur lot de contacts divers et variés, leurs expériences dans cette soif de justice sociale. Lyon, Vienne, Villefranche, Grenoble, Crolles, Bourg-en-Bresse, Meximieux, Annonay, Givors, Valence, La Tour du Pin, Salvagny, Chanas, Digoin, Voreppe, Aubenas et une équipe de médics (secouristes lors des manifestations et actions) se sont mobilisés pour l’occasion.

Rendez-vous matinal

Pour une partie des participants lyonnais, le point de ralliement avait été donné sur un parking de banlieue lyonnaise à 8h tapantes. Ce sera aussi le lieu de rendez-vous pour la presse et des médias, qui n’étaient informés que partiellement : une heure et un lieu, sans plus de précision, juste le nom de l’action, sans sa teneur.
L’équipe a pris le chemin de Vienne pour y retrouver sur un grand parking le reste de ses compagnons venus d’autres villes des alentours. Pour beaucoup, c’était l’occasion de retrouvailles fraternelles, pour d’autres, la découverte de leurs camarades d’action du jour et à venir peut-être.

Après un point d’information et le choix collectif de la stratégie, le groupe a pris la route du péage de Renventin Vaugris. Après s’être garés sur un petit parking (avec un dernier comptage indiquant 130 personnes), les participants ont entamé une petite randonnée dans les bois pour rejoindre le lieu de l’action.

Chemin faisant, ils ont rencontré quelques gendarmes qui ont tenté en vain de bloquer la progression du cortège, mais ils semblaient particulièrement désemparés devant cette foule. Une équipe plus rapide a pris de vitesse les forces de l’ordre, afin de faciliter matériellement l’entrée sur le site de la plus grosse partie de la troupe. La gendarmerie présente sur le site du péage, en faible effectif, a eu recours massivement aux gaz lacrymogènes afin de défendre ce « bien du peuple », au profit de son exploiteur Vinci. Les minutes passant, les forces de l’ordre se sont faites de plus en plus nombreuses, dissuadant les Gilets Jaunes qui commençaient à investir l’autoroute afin de récupérer leur bien. Un Gilet Jaune a été interpellé pendant l’action, mais sous la pression et grâce à la solidarité des camarades, il a pu être rapidement relâché.

Conscients de ne pas pouvoir mener l’opération de blocage à son terme, les Gilets Jaunes ont préféré négocier un retrait en groupes et sans interpellations. C’est sous les klaxons de soutien de la population que les Gilets Jaunes se sont promis de revenir, et sont partis en chantant « à tout a l’heure, on revient dans une heure ».

« A tout à l’heure, on revient (dans une heure ?) »

Sur le chemin de retour, des Gilets Jaunes se sont installés sur le pont enjambant l’autoroute quelques minutes pour manifester leur envie de justice sociale. Là encore, nous avons été accueillis par moult klaxons et soutiens. Revenant sur leur point de rendez-vous, nous avons pris quelques temps pour nous restaurer et réfléchir à la suite de la journée.

C’est grâce à l’expérience acquise au fil de ces mois de lutte et dans une certaine intelligence collective que les Gilets Jaunes ont décidé à ce moment de s’attaquer à une nouvelle cible. Se séparant d une partie de leurs camarades, un nouveau groupe a pris la route du péage de Beynost, véritable racket du peuple. Une cinquantaine de Gilets Jaunes s’est donc installée afin de rétablir l’équilibre et redonner au peuple ce qui lui appartient.

Les éléments les plus vifs de l’équipe ont ouvert les barrières et neutralisé les caméras de surveillance (« espionnage du capital » ?). Évidemment pour garantir un maximum d’anonymat aux participants. Les automobilistes ont largement klaxonné et soutenu les Gilets Jaunes présents sur place, et ce, pendant plus de deux heures de péage gratuit. Pour notre sécurité, nous avons dû battre en retraite, soucieux d’éviter à tous une interpellation ou une amende, les forces de l’ordre ne permettant pas la poursuite de l’action.

Certains instruments de ce « racket » des automobilistes ont été neutralisés et redécorés par le slogan et la réalité de cette journée : l’autoroute du peuple.

Finir là où on a commencé…

Le péage et le rond-point, deux emblèmes du mouvement. Alors pour certains, c’est naturellement là où toute cette action a commencé que la journée s’est terminée : au rond-point. Loin de se résumer a l’action avortée du matin, pour des Gilets Jaunes présents, ce jour d’action demeure une réussite. Nous avons réussi à nous mobiliser en nombre important pour cette occasion. Nous avons pris le temps de la préparation, et celui de la critique. Nous avons ouvert un péage. Et c’est déjà une belle réussite en ce milieu d’été.

L’analyse de l’échec relatif du péage de Vienne permet de penser d’autres solutions, déjà testées sur d’autres péages. Des liens ont été créés aujourd’hui, d’autres renforcés.

Ce genre d’opération se renouvellera sur de nombreux péages, et partout on écrira :

L’autoroute du peuple !

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