Réforme des retraites : tous perdants !

Macron et son gouvernement sont résolus à modifier le système des retraites. Ils savent le dossier sensible et même explosif. D’où une stratégie de communication qui vise à désarmer les critiques. D’un côté, la rhétorique utilisée tend à fragmenter la société en opposant les bénéficiaires des régimes spéciaux au reste de la population. De l’autre, la réplique du « Grand Débat » que constitue la « Consultation Citoyenne » permet de proclamer la réforme démocratique et toujours en cours d’élaboration. Jean-Paul Delevoye, « haut-commissaire aux retraites », est l’homme missionné pour incarner cette tactique désormais bien connue des Gilets Jaunes. Les désaccords récemment apparus entre lui et le Premier Ministre ont pourtant donné une idée de la mystification.

Armés d’une vigilance renouvelée, nous nous sommes plongés dans les abysses du rapport Delevoye. Cent cinquante pages de recommandations censées donner chair au prétendu système universel défendu par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. Notre verdict est sans appel : la réforme sonne le glas du système de solidarité pour tous les Français et promet une véritable paupérisation des futurs retraités.

Une réforme qui vise l’égalité ?

Sous prétexte de faire disparaître des régimes spéciaux qui seraient source d’inégalités entre les assurés, la réforme prétend uniformiser le système grâce à un régime de retraite universel qui ouvrirait donc les mêmes droits pour tous.
L’idée est effectivement alléchante mais ne s’agit-il pas de socialwashing ? En d’autres termes, le gouvernement ne tente-t-il pas de mettre sur le devant de sa scène un système social plus juste et lisible pour mieux masquer l’appétit insatiable des oligarques ?

14% du PIB : le niveau des pensions devra baisser !

Delevoye veut mettre en place ce qu’il appelle une « règle d’or ». Celle-ci consiste simplement à bloquer la part des retraites dans les richesses annuellement produites et distribuées (PIB) à 14%, son niveau actuel.
Vous ne voyez pas où le bât blesse ? On vous explique.
En toute logique démographique, le nombre de retraités va continuer à augmenter : plus d’un tiers d’ici à 2050. Une même part des revenus globaux sera donc allouée aux retraites pour un plus grand nombre de retraités, cela signifie un décrochage du salaire au moment du départ à la retraite. La même somme relative (les 14%) sera divisée en plus de parts (le nombre de retraités). Mathématiquement, un retraité touchera proportionnellement moins en 2050 qu’il ne touche en 2019. Même si la taille globale du gâteau augmente, le passage de l’activité à la retraite serait synonyme d’effondrement du pouvoir d’achat.
Vous voulez maintenir votre train de vie après 43 ans de labeur ? Si vous en avez les moyens, il vous faudra dès à présent cotiser en fonds propres tout en continuant à payer vos impôts qui servent à financer les retraites. Et même si vous toucherez moins lors de votre départ à la retraite, vous ne serez pas moins imposé pendant votre carrière. Le taux ne baissera pas et vous payerez donc deux fois !
Un système plus juste ?! Malgré ses imperfections, le système actuel garantit lui une certaine continuité du niveau de vie (le fameux taux de remplacement) au moment du départ à la retraite.

Source : https://www.alternatives-economiques.fr/

L’âge de retraite restera inchangé, vraiment ?

Emmanuel Macron l’avait promis, il ne touchera pas à l’âge de départ à la retraite.
Si de prime abord on s’en réjouit c’est que cette promesse ne révèle pas directement son hypocrisie. En effet, avec le nouveau système de retraites à points, il faudra travailler plus longtemps pour bénéficier de droits pleins : 64 ans en 2025 contre 62.4 ans aujourd’hui. C’est plus que l’espérance de vie en bonne santé !
Bien sûr, vous pourrez toujours partir à la retraite à 62 ans mais vous subirez une décote de 5% par année avant 64 ans. En clair, si votre carrière complète vous donne droit à une pension de retraite de 1200€ nets mensuels mais que vous souhaitiez partir, comme aujourd’hui, à la retraite à 62 ans, vous ne toucherez plus que 1080€/mois.
L’âge de retraite à taux plein est donc bien repoussé !

Source : https://reformedesretraites.fr/dossier/


Système à points : un système clair et lisible pour tous ?

Le cœur de la réforme tient dans cette phrase : « 1€ cotisé donnera accès aux mêmes droits pour tous ». Mais quels sont ces droits ? En fait, personne n’en sait rien puisque le point sera déterminé au moment du départ à la retraite en fonction de la situation démographique et économique du pays.
La seule chose que vous pourrez calculer sera le nombre de points cumulés, pas la valeur dudit point et donc pas le montant de votre retraite.
L’exécutif devient le seul maître à bord puisqu’il pourra revoir annuellement la valeur d’un point. Plus besoin de concertation sociale, plus besoin de corps intermédiaires, plus besoin de représentation populaire… plus besoin de démocratie. Notre retraite est mise entre les mains des technocrates du ministère des finances.

Une réforme pour privatiser ?

Pour maintenir votre niveau de vie à la retraite, vous l’aurez compris, il vous faudra vous tourner vers la capitalisation, autrement dit placer votre épargne en bourse. D’ailleurs, le gouvernement a déjà facilité la mise en place de fonds de pension par la loi Pacte. (*)
Forcément ! Dans un pays dirigé comme une start-up, seuls le profit et la croissance sont des objectifs envisageables. Dès lors, pour parvenir à faire de la France cette macro-entreprise, il convient d’éliminer toutes les organisations solidaires qui constituent notre Sécurité sociale – dont fait partie la caisse de retraite – et pousser à la privatisation.
Le néolibéralisme est en marche : allons-nous aussi tolérer qu’il il s’en prenne à la famille, la maladie et aux risques professionnels ?!

Le 5 décembre : inquiétude des macronistes

Un an après l’embrasement des Gilets Jaunes, le mouvement de grève qui s’annonce pourrait faire converger toutes les formes de colère qui consument les citoyens d’un pays que le gouvernement désosse sous leur nez. L’exécutif se méfie et veut à tout prix éviter l’émergence d’une nouvelle contestation sociale qui promet d’être plus dure encore que les précédentes et qui pourrait mener à la fin du mandat présidentiel.
C’est d’ailleurs par le biais d’une déclaration d’Edouard Philippe aux députés de LaRem que nous pouvons connaître l’état d’esprit de nos adversaires : « Je viens souvent vous voir en vous disant que ça va tanguer. Cela a parfois tangué, parfois pas du tout. Mais ce n’est rien en comparaison de ce que l’on peut craindre avec la réforme des retraites. Cela va être sportif ».  (2)
Il ne tient qu’à nous de leur donner des raisons de s’inquiéter et de faire reculer ces vautours qui se gavent sur ce qu’il reste au peuple de charogne !

Source : Atelier Populaire des Beaux-Arts – Affiche 1968

 

(1) https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-trous-noirs-de-la-loi-pacte_2012097.html
Vidéo explicative : https://youtu.be/CxbqBYwsPQQ

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/11/12/reforme-des-retraites-l-executif-sur-une-ligne-de-crete-avant-le-5-decembre_6018810_823448.html

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