Manifestation du 3 août 2019 à Lyon : Qui a tué Steve ?

Par Olivier

Depuis la découverte du corps inanimé de Steve Maia Caniço lundi dans la Loire, à proximité de son lieu de disparition, les rassemblements se multiplient partout en France pour dire ensemble la peine et réclamer justice. A Lyon ce vendredi 2 août, rendez-vous avait été symboliquement donné devant les « 24 colonnes » (cour d’assises). Environ cent cinquante personnes se sont retrouvées là dans le calme pour partager leur émotion, qui ne pouvait être seulement de la peine. Cent cinquante, c’est à la fois peu et beaucoup : peu parce qu’on a vu ces dernières années en France d’immenses mobilisations de compassion, beaucoup parce qu’au cœur de l’été, après tant de mois de lutte sans horizon clair et d’une répression inouïe, il n’est pas facile de mobiliser… Une banderole pointant la responsabilité du ministre de l’Intérieur a été déployée sur la grille du bâtiment, des bougies ont été déposées sur les marches, des affiches ont été placardées alentour… Mais pour entendre le sentiment généralement partagé, il fallait tendre l’oreille : pour Steve et pour Zineb, ni oubli ni pardon. Autrement dit, justice.

La plupart des personnes présentes à ce rassemblement étaient des visages connus des manifestations de l’année écoulée, venues de tout le département. Pourquoi ce qui est arrivé à Steve Maia Canio (mais aussi à Zineb Redouane) touche autant celles et ceux qui depuis neuf mois manifestent contre Macron et son monde ? Ni l’un ni l’autre n’étaient militant de la cause mais chacun à sa manière donne à voir ce que depuis de longs mois (et depuis des années pour certains) dénoncent les Gilets Jaunes, à savoir l’abus de la violence physique d’Etat. Non seulement les GJ partagent la peine liée au drame de la disparition de la personne, mais à tous ceux qui leur disaient que la police faisait bien son travail en réprimant des GJ présumés violents, ces derniers peuvent maintenant dire : « Tu vois ! Vous voyez ! ». Steve n’était pas un opposant politique, Steve n’était pas violent, Steve n’était pas même insultant. Et pourtant Steve est mort, acculé par la police à se jeter dans la Loire habillé et en pleine nuit alors qu’il ne savait pas nager. Bref, le malheur de Steve nous donne raison : le président de la République et son gouvernement ont adopté la violence physique comme principale réponse politique (avec le mensonge sans doute pas loin derrière), caractérisant la dérive autoritaire du régime. Est-il besoin de préciser que cette stratégie politique ne passe pas nécessairement par des ordres explicites venus directement du président ou du ministre de l’Intérieur, auxquels il aura suffi de mettre en place la bonne organisation pour que les choses se passent ainsi ? Les cadres généraux installés, il suffit de laisser faire. La police est en roue libre après avoir été lancée par le gouvernement et le président de la République. Placée par eux dans les conditions qu’on sait, la police continue sur son erre.

 

 

La confrontation avec la police n’est pas la finalité du mouvement des Gilets Jaunes. Nous ne sommes pas descendus dans la rue pour dénoncer la police, quoique cette dénonciation soit devenue nécessaire en raison des pratiques de ladite police. A en effet été découvert que ce président de la République et ce gouvernement avaient fait de cette organisation policière une partie intégrante de leur stratégie politique. Mais c’est plus généralement pour l’ensemble de leur politique qu’ils sont rejetés, que Nous les rejetons. La dénonciation des violences policières et politiques est une juste cause, il ne s’agit surtout pas de la taire, bien au contraire. Mais elle ne saurait être la raison d’être des Gilets Jaunes ni même de la plupart des mouvements sociaux du moment. Un moteur, un aliment, un motif de ralliement ou au moins de soutien. Pas une proposition, encore moins un programme.

Cette émotion, chacun lutte pour lui donner un sens (aux deux acceptions du terme). Elle mettra certainement en mouvement des gens dorénavant dessillés et qui s’étaient jusque-là tenus à l’écart des mobilisations sociales, quelles qu’elles soient. Une bonne chose. Mais les plus excédés – à juste titre – par la violence politique et policière seront sans doute tentés par une réponse de vengeance (« œil pour œil… ») et d’action violente minoritaire. Tomberont-ils dans ce piège, au moment même où les occasions se multiplient de refaire un front commun et où il apparaît que l’abus de violence, notamment caractérisé par sa disproportion, rallie plus à la cause que la violence ? Ou bien comprendront-ils qu’il n’y aura de victoire que par adhésion d’une majorité (une majorité sociale et pas seulement électorale) ?

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