Privatisation et destruction de biens publics

Emmanuel Macron et son gouvernement ont organisé la privatisation d’une série de biens publics : Aéroports de Paris (ADP), Française des Jeux (FDJ), Engie (ex-GDF Suez) et à peu près cent cinquante barrages hydroélectriques. Mais les raisons invoquées sont peu convaincantes et masquent mal un dogmatisme idéologique. Même les arguments purement comptables ne tiennent pas la route. On peut donc soupçonner Emmanuel Macron et son gouvernement de nous refaire le coup des autoroutes : l’Etat renonce à piloter les stratégies industrielles et de transport au moyen du contrôle de grands groupes, il cède de juteuses rentes à des multinationales comme Vinci. Nous pouvons encore nous opposer à la privatisation des ADP en signant la pétition qui déclenchera un référendum.

 

La loi Pacte organise la cession de titres détenus par l’Etat dans les trois grandes entreprises ADP, FDJ et Engie. Définitivement adoptée par l’Assemblée Nationale, cette loi ouvre la porte à ces privatisations. Dans le cas ADP, propriétaire des aéroports de Roissy-Charles de Gaulle, d’Orly et du Bourget, il s’agit d’une concession de soixante-dix ans. Mais, vue la croissance du secteur aéroportuaire ces dernières années, il est peu probable que l’Etat puisse racheter les titres à terme, en raison de leur trop forte valorisation. Par ailleurs, le gouvernement a cédé devant les exigences de la Commission européenne en validant la privatisation d’ici 2023 de cent cinquante barrages (l’équivalent en production de trois réacteurs nucléaires).

 

Les calculs économiques du gouvernement ne tiennent pas la route. La cession des titres ADP, FDJ et Engie devraient rapporter à peu près 15 milliards d’euros. Le gouvernement comptent en utiliser un tiers pour désendetter l’Etat et les deux autres tiers pour financer l’innovation. C’est absurde ! Parce que l’Etat emprunte aujourd’hui à 0 %, sa dette ne lui coûte rien, et 5 milliards d’euros ne changeront structurellement rien aux 2300 milliards de dette. Quant aux 10 milliards restants, ils seront placés sur les marchés financiers où ils pourraient rapporter 220 millions d’euros par an. Ce n’est même pas le tiers de ce que rapportent aujourd’hui les titres détenus par l’Etat ! (entre 700 et 800 millions par an).

 

La propriété publique de ces entreprises répond aussi à des enjeux stratégiques d’intérêt général. D’abord, Engie, c’est plus de 150 000 salariés (9000 pour ADP et 2000 pour FDJ). Ensuite, les transports aériens, les barrages et le gaz sont des éléments importants dans une transition écologique dont la nécessité fait aujourd’hui largement consensus. En renonçant à leur contrôle direct, l’Etat se prive de précieux leviers d’action et met notre avenir sur cette planète entre les mains d’acteurs motivés essentiellement par le profit. Avec 7000 hectares de réserves de terrain disponibles enfin, ADP est en Île de France un acteur foncier majeur dans toute politique d’aménagement du territoire.

 

Ce sont essentiellement des motifs idéologiques qui orientent l’action du gouvernement, au profit de multinationales douteuses. Les raisons en faveur de ces privatisations sont donc bien fragiles. En revanche, les expériences récentes des autoroutes et des aéroports montrent clairement qu’elles sont souvent faites au détriment des finances de l’Etat et des particuliers. Quelques entreprises multinationales y trouvent, elles, leur intérêt financier, souvent de court terme, comme on l’a vu avec l’aéroport de Toulouse Blagnac où le nouveau propriétaire chinois installé par Macron a siphonné la trésorerie sans faire un seul investissement. Etrangement (ou pas), on retrouve l’entreprise Vinci dans nombre de ces mauvais coups…

 

Nous, citoyennes et citoyens, avons encore un moyen de nous opposer à la concession d’ADP en signant la pétition pour le Référendum d’Initiative Partagé (Rip). Le Conseil constitutionnel a validé cette semaine la procédure de Rip déclenchée par plusieurs centaines de parlementaires d’opposition. Il nous faut maintenant collecter près de cinq millions de signatures (le Ministère de l’Intérieur ouvrira une page dédiée après les élections européennes). La barre est haute – aucune pétition n’a jamais atteint ce niveau – mais les temps sont propices. Il revient à chacun de mener campagne autour de soi pour, une nouvelle fois, faire barrage à Macron et confirmer notre puissance publique.

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