POV 3. “Parcoursup” ou la standardisation des élèves pour le marché du travail

A la rentrée 2017-2018, la plateforme d’orientation Admission Post-Bac est remplacée par Parcoursup. Le gouvernement, après avoir fait le constat de la déficience du système d’admission dans le supérieur (c’est 65000 néo-bacheliers sans affectations après les résultats APB en juillet 2017), répond à un manque de budget des universités pour s’adapter à la hausse de la demande par une réforme de la plateforme qui devient plus sélective. D’après le gouvernement, « Parcoursup a pour but de personnaliser l’orientation pour faire réussir tous les lycéens ». Or, si le système de sélection change, le nombre de places dans le secondaire, lui, reste largement insuffisant. Le gouvernement annonce 21000 places supplémentaires créées en université et BTS pour la rentrée 2018-2019, mais c’était encore plus de 60 0000 candidats en attente de réponse en juillet 2018.

Dorénavant, il est demandé à l’équipe pédagogique des classes de Terminale de se concerter lors du 2ème conseil de classe pour remplir une « Fiche-Avenir » dans laquelle les professeurs jugeront de certaines compétences des élèves au-delà des notes. Méthode de travail, autonomie, capacité à s’investir dans le travail, engagement/esprit d’initiative (au lycée et en extra-scolaire). Telles sont les nouvelles qualités que doivent évaluer « objectivement » les professeurs : mais comment peuvent-ils le faire décemment en côtoyant jusqu’à 40 élèves par classe au maximum 6h par semaine ? A., professeur en lycée, s’indigne. Pour lui, cette réforme revient à « favoriser, sur des critères n’ayant plus rien de pédagogique – sur des critères de sociabilité, d’accès aux activités extrascolaires, de capital culturel, etc. – ceux qui ont déjà tout pour réussir au mieux, et garder la tête sous l’eau à ceux qui n’ont pas […]. On me répond que c’est important « dans le monde d’aujourd’hui » de savoir sortir de sa coquille et travailler en groupe, que la sociabilité est vouée à devenir une compétence évaluable, que c’est un progrès que nous jugions les élèves sur leur personnalité et plus uniquement sur leurs résultats scolaires. »

Après consultation de l’équipe pédagogique, le chef de l’établissement doit, quant à lui, se prononcer sur la cohérence du vœu formulé avec le projet de formation et … la capacité à réussir de l’élève dans la formation visée. En effet, les chances de réussite risquent d’être hautes si on préjuge à l’avance du potentiel d’un lycéen de 17 ans pour une orientation qu’il a choisi pour lui-même… !

Pour le syndicat Sud Education, cette loi renforçant la sélection à l’entrée de l’université se fait au mépris du droit à l’éducation. Aussi appelle-t-il les professeurs à refuser de remplir les fiches, ou remplir automatiquement les mentions les plus favorables ; les universités quant à elles sont libres de ne pas élaborer de critères de sélection pour les algorithmes et de ne pas participer au classement des candidatures reçues.

Battons-nous pour la non-standardisation des élèves pour le marché du travail. La mission de l’éducation doit être de donner la possibilité aux esprits de se libérer, pas de s’affronter dans une mise en concurrence de la personnalité.

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