Merci Macron, nous avons redécouvert notre fraternité !

RT Deutsch (Russia Today Allemagne) a réalisé une interview exclusive avec les organisateurs locaux des Gilets Jaunes à Lyon,  le 27.12.2018 . Une conversation sur les motivations de leur protestation, la diversité du mouvement et ce qu’ils demandent au gouvernement pour que la France retrouve son calme.

– Bonjour. Pouvez-vous s’il vous plaît vous présenter, expliquer pourquoi vous portez des gilets jaunes et ce que vous faites ici ?.

François – Je m’appelle François, je suis un Gilet Jaune. Je suis retraité, j’ai 69 ans et j’ai déjà participé aux manifestations de mai 1968 [ndlr : manifestations de masse et grève générale contre le gouvernement de Charles de Gaulle]. Mon pouvoir d’achat et ma pension diminuent à mesure que les impôts augmentent. Je me demande ce qu’il va se passer, comment cela va se passer. Je n’ai aucune envie à 70 ou 75 ans de pousser la porte des Restos du Cœur. Encore moins après avoir travaillé 45 ans.

Guillaume – Je suis Guillaume, j’ai 26 ans et je suis électromécanicien. Je suis ici parce que nous avons tous le même combat à mener : retrouver notre voix et défendre nos droits.

Ischam – Bonjour, Je m’appelle Ischam, j’ai 33 ans et je suis commerçant. Je suis dans la rue avec les Gilets Jaunes car j’ai été éduqué dans un esprit de liberté, d’égalité et de fraternité. Au fil des années, je ne parvenais justement plus à retrouver ces valeurs de liberté, d’égalité et la fraternité dans mon pays. Pire, j’avais l’impression qu’elles étaient détruites. Alors aujourd’hui, je veux voir le pouvoir rendu au peuple, afin qu’il puisse décider par lui-même de ce qui est bon pour lui. Tout simplement. ».

– Comment abordez-vous les automobilistes ? Et les autorités ?

François – Eh bien, il suffit simplement d’écouter. Je pense que le concert de klaxons parle de lui-même, ce n’est pas de la colère mais de la sympathie.

Guillaume – Ils nous apportent des boissons et de la nourriture. Nous sommes de plus en plus soutenus par les automobilistes.

Ischam – En ce qui concerne les autorités, il n’y a pas eu de problème jusqu’à présent. Ils savent que nous sommes un mouvement pacifique et non violent. Mais ce n’est pas parce que nous sommes pacifiques que nous ne sommes pas déterminés.

– Vous venez de Lyon. Qu’attendez-vous exactement du président Macron à Paris et que doit faire le gouvernement pour répondre aux demandes du peuple?

François – Tout simplement en commençant par les plus faibles. Je trouve scandaleux d’augmenter les impôts sur les retraites. Il me semble que soulager nos retraités serait déjà un grand pas en avant.

Ischam – Les retraités, les petits commerçants, les jeunes entrepreneurs, les travailleurs, les chômeurs, tout le monde. Qu’attendons-nous ? Que M. Macron cesse de feindre la surdité et nous écoute. Nous sommes le peuple et le peuple l’a choisi. Qu’on ait personnellement voté pour lui ou non, il a été élu. Cela signifie qu’il est notre représentant et non notre chef. Il doit représenter les valeurs de la France et ce que souhaite le peuple. Rien d’autre. Voilà ce que nous attendons de lui. C’est très simple.

Guillaume – Nous assistons de plus en plus à une politique interchangeable. Les politiciens viennent tous des mêmes grandes écoles. Et donc, aujourd’hui, je crois qu’ils n’ont jamais appris à connaître les réalités d’une journée de travail. Par conséquent, ils ont du mal à comprendre les problèmes de la vie quotidienne.

Ischam – Ils sont déconnectés, complètement déconnectés de leur population.

François – Je parle habituellement au nom des retraités, mais bon il y a encore des collègues ici, des gens qui travaillent et qui ont des choses à dire. Alors, s’ils pensent là-haut que 1 378 euros suffisent pour vivre aujourd’hui, c’est qu’ils sont vraiment loin, très loin des gens.

Guillaume – Pour ma part, je souhaite aussi que le gouvernement mette fin aux taxes insensées.

 

 

 

 

– Que pensez-vous des émeutes qui ont eu lieu à Paris et dans d’autres grandes villes ? Cela conduit-il à la radicalisation des gilets jaunes? Et cela va t’il être un obstacle pour faire avancer le mouvement ?

Guillaume – Je pense que les politiciens veulent nous priver de certains droits fondamentaux, en particulier celui de manifester. Si l’Etat, au lieu d’écouter la population, continue d’attiser la colère de celle-ci, cela pourrait malheureusement amener beaucoup de gens à se radicaliser. Mais ce n’était, et ce n’est toujours pas, notre objectif.

Ischam – Notre principal problème ici, avec les médias français, est qu’ils ne parlent que des émeutes à Paris. Ils savent exactement ce qui peut se vendre le mieux et comment discréditer le mouvement. Mais la France, ce n’est pas uniquement Paris. Les gilets jaunes dans le reste du pays sont comme nous : des manifestants pacifiques. Tous avec les mêmes exigences. C’est vraiment dommage, oui, c’est dommage. Cette violence est dommage et nous la condamnons. Nous sommes contre.

François – Quelle que soit la violence, si vous me le permettez, je voudrais rendre un petit hommage et présenter mes condoléances aux familles de Strasbourg.  Ainsi qu’à celles de deux membres des gilets jaunes, qui sont morts uniquement parce qu’ils souhaitaient exprimer leur opinion.

– Parmi les gilets jaunes, vous pouvez voir des hommes, des femmes, des jeunes et des moins jeunes, des catholiques, des agnostiques, des gens de droite et de gauche, tous ensemble. Comment vous situez-vous là-dedans ?

François – Tout est spontané. Je ne sais pas quoi vous dire. Nous voilà. Nous exprimons note colère. Les garçons m’appellent papa, tu vois, tout est spontané. Je ne sais pas comment cela s’est produit mais c’est ainsi que les choses se sont passées grâce à M. Macron.

Guillaume – Ils nous ont enlevé la liberté, mais aussi l’égalité. Mais, ils ne peuvent pas nous prendre la fraternité. Nous avons tous le même combat à mener.

François – Exactement. La fraternité restera de toute façon.

Ischam – C’est vrai. La vraie démocratie, M. Macron, est ici ! Ici, parmi les musulmans, les catholiques, les agnostiques, les personnes d’extrême droite, les personnes d’extrême gauche et d’autres personnes tout à fait « normales »: le peuple. C’est le peuple qui se tient ici. Le terme Démocratie vient des mots Démos (le peuple) et Kratos (le pouvoir). Le pouvoir du peuple. Nous n’abandonnerons jamais cela. Nous sommes ici, et nous sommes frères. C’est tout. Nous sommes frères. C’est un combat et nous sommes frères au combat. C’est tout.

– Les gilets jaunes exigent également l’introduction de l’initiative populaire et du référendum. Pensez-vous que ces éléments démocratiques deviendront une réalité ?

Ischam – La première chose à savoir, c’est que les gens ne se sentent plus suffisamment représentés : que ce soit au niveau du Parlement, du gouvernement et même du Sénat.
Ainsi, l’idée d’introduire des initiatives populaires et un référendum est une chose qui nous a tous unis, tous, tous, tous. Tout simplement, parce que cela nous donne l’occasion de reprendre le pouvoir afin d’avoir la possibilité d’agir à différents niveaux : l’augmentation du revenu minimum, la réduction des impôts, la réforme du système de retraite (parce que les retraités en ont assez de payer les bêtises des autorités.) C’est très simple.
Monsieur Macron, nous devons néanmoins vous remercier pour une chose : dieu merci, ici en France, nous avons retrouvé la fraternité !

PARTAGER :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *