Lyon : Manifestation du 7 décembre et unité des luttes contre la réforme des retraites

Par Hélène et Olivier
Photos : Jean-Luc

Si nous, Gilets Jaunes, avons essentiellement manifesté le samedi et mené nos actions en-dehors des horaires classiques de travail, c’est que beaucoup parmi nous ne se sentaient pas capables, pas suffisamment puissants pour faire grève.
Aujourd’hui, nous cherchons de nouvelles manières de nous mobiliser pour faire entendre nos revendications alors que le gouvernement et sa police ont adapté leurs tactiques.

Avec la mobilisation réussie du jeudi 5 décembre contre la réforme Macron des retraites, une nouvelle séquence du mouvement social s’est ouverte. A Lyon elle avait été assez largement anticipée par les Gilets Jaunes qui, présents en masse lors de cette première manifestation, se sont aussi entendus avec des organisations tant associatives que syndicales. Le but de ce rapprochement étant, dans un premier temps, d’ouvrir la manifestation du samedi à d’autres protagonistes et de constituer un front plus large à l’occasion de ce combat. Un Collectif contre la réforme des retraites avait donc déposé un parcours auprès de la préfecture, que les déclarants ont négocié pied à pied pour empêcher l’invisibilisation dont rêve la macronie et ses sbires.

La démarche – contestée par certains mais largement soutenue par la majorité des militants – semble avoir porté ses fruits puisque les rangs de la manifestation étaient nettement plus étayés ce samedi que lors des dernières démonstrations de force des Gilets Jaunes. Se sont joints au cortège réuni place Jean Macé, des cheminots, des enseignants, des étudiants et plus généralement des manifestants qui n’avaient jamais pris part à nos mobilisations du week-end, galvanisés par l’humeur du moment et rassurés par l’officialisation de l’événement.
C’est d’ailleurs lors de cette manifestation que certains des Gilets Jaunes ont retrouvé des connaissances et des figures amicales perdues de vue depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Au départ, une banderole ouvrait le cortège, suivie à quelques mètres d’une camionnette équipée d’une sono. C’était le dispositif prévu, pour rendre bien visible tout au long de la manifestation le rassemblement des forces derrière un même mot d’ordre et pour rythmer le défilé. Mais rapidement un cortège de tête s’est intercalé, populeux, véhément et marchant à vive allure. Bien identifiable donc. Au moins, chacun pouvait trouver sa place dans cette manifestation. »

Cependant, ce black bloc s’est volontairement écarté du parcours déclaré en arrivant au croisement de Saxe et de Gambetta. Pour certains en effet qui assimilent force et violence physique, une manifestation ne doit pas seulement être une démonstration de force, ni même une désobéissance civile stratégique mais un exercice de violence plus ou moins retenue et un appel à l’explosion de la répression par la police, qui de son côté n’attend qu’un prétexte pour lâcher les chiens.
Ce samedi la transgression n’a consisté qu’à dépasser les limites imposées par les policiers ; ceux-ci, peu nombreux car mobilisés par ailleurs pour la Fête des Lumières, ont néanmoins manœuvré pour nasser cette partie du cortège. La répression aurait sans doute été plus violente si les manifestants qui avaient poursuivi sur le parcours déclaré n’avaient pas fait demi-tour pour libérer ceux encerclés par les forces de l’ordre prises alors en étau et mises ainsi dans une position délicate. La péripétie se solde donc par une petite victoire tactique et un gain symbolique fort car les manifestants, quelles que soient leurs convictions sur la forme que doit prendre la mobilisation, se sont montrés solidaires. Ce fût un moment d’allégresse.

La contrepartie punitive ne s’est pas faite attendre puisque la préfecture a prévenu les organisateurs que le parcours était finalement, pour cette raison, écourté. Le défilé, qui du reste était vif et joyeux, s’est donc officiellement arrêté sur la place Guichard, devant la Bourse du Travail.

Cette manifestation réussie n’a cependant pas suffi au goût de certains qui ont voulu prolonger l’action. Un mot d’ordre, malheureusement éventé, a circulé pour se rendre au centre commercial de la Part-Dieu. D’autres ont renversé un conteneur à verre et mis le feu à déchets devant la Bourse du Travail, tentant de se constituer une barricade, sous les yeux narquois de policiers impassibles. L’action à la Part-Dieu, sans communication maîtrisée, n’aura à peu près servi à rien et en tout cas n’aura pas servi la cause. Il faut encore et encore s’interroger sur le sens de ce que nous faisons de nos forces et sur sa communication auprès du public dont nous voulons faire un allié…

Printemps Jaune a déjà publié plusieurs articles sur la dynamique de cette forme inédite de mobilisation : ici et ici

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