Le 31/07/2019 : le corps de Steve est retrouvé à Nantes. Circulez… il n’y a rien à voir !

 

Chronique d’une tragédie qui aurait pu être évitée. Après cinq semaines « d’enquête » bâclée et trop rapidement menée par l’IGPN [inspection générale de la police nationale] saisie le 24 juin, Édouard Philippe déclare le 30 juillet :

 « Le déroulement de cette soirée reste confus. […] Il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de Steve Maia Caniço […] »

Pour cette affaire, l’IGPN a redigé son rapport le 16 juillet et l’a transmis le 22 juillet au ministre de l’Intérieur. Les conclusions dudit rapport devaient être présentées à la famille de la victime cette semaine mais la découverte de son corps a modifié l’agenda ministériel. C’est donc à peine quelques heures après l’authentification de la dépouille du jeune homme que M. Philippe a pris le parti de dévoiler publiquement les résultats de l’enquête, sans grande considération pour ses proches et la période de deuil.
En plus de ne pas reconnaître de lien direct entre le décès de Steve et la charge menée par la police pendant la nuit du 21 juin, le rapport ajoute que l’usage de la force « était justifié et n’est pas apparu disproportionné ».

Pour rappel, l’IGPN est un service du Ministère de l’Intérieur dont le directeur est nommé par l’exécutif et dont les agents sont affectés par le Ministère de l’Intérieur. Leurs carrières en dépendent donc mais c’est aussi un service de Police. Globalement, ce sont des policiers qui enquêtent sur d’autres policiers.
Les propos de M. Philippe, rapport de l’IGPN à l’appui, sont en totale contradiction avec les témoignages de certaines personnes présentes sur les quais de la Loire pendant la nuit du 21 au 22 juin :

« Il y avait des gens qui couraient dans tous les sens pour échapper aux lacrymos, relate Aliyal, étudiante, qui participait à la fête. J’ai vu des gens tomber à l’eau, qui criaient pour que les bateaux des secours viennent les chercher […] »

Les déclarations de l’IGPN, loin de calmer les esprits et d’éclairer les faits, jettent davantage le trouble, rajoutent à la confusion et attisent la braise de la colère de nombreux Français. Enième paradoxe, le rapport fait également mention « d’éventuels manquements et/ou dysfonctionnements » alors que le secrétaire régional du syndicat SGP-FO Police Philippe Bouisson,  dénonçait le 25 juin :

« Une faute grave de discernement, un ordre aberrant, mettant d’abord nos collègues en danger, et les usagers. […] Ce n’était pas des casseurs mettant Nantes à sac nécessitant donc d’intervenir immédiatement. Il s’agissait de fêtards”. Pour rappel, quatorze personnes sont tombées dans la Loire ce soir-là, après une charge des policiers. Pour le syndicat de police, l’intervention était donc à la fois disproportionnée et dangereuse. Il pointait même, le 25 juin, la “responsabilité d’un chef de service” : “Intervenir sans tenir compte du rapport de force, à 15 contre plusieurs milliers de personnes, qui, à 4 h 30 du matin, sont forcément dans un état éthylique et/ou stup avancé, dans l’incapacité de raisonner ou comprendre l’intervention de la police un soir de fête de la musique : c’était la confrontation assurée !”. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 33 tirs de grenades lacrymogènes et 12 tirs de LBD [lanceur de balles défense], 10 grenades de désencerclement et 1 chien policier ont été lancé contre les fêtards… Pour celles et ceux qui ont déjà été victimes d’une telle disproportion de l’usage des moyens policiers, qui ont subi la déferlante de la violence d’Etat, qui ont connu l’asphyxie et l’aveuglement provoqués par les gaz et qui se sont retrouvés presque terrorisés à l’idée d’être atteints par un projectile, il n’existe qu’une seule alternative : trouver une échappatoire, s’abriter ou fuir.
La même et tragique bavure policière aurait pu se produire à Lyon le 11 mai lors de la manifestation nationale des Gilets Jaunes, sur les berges du Quai Claude Bernard, alors qu’un groupe tentait d’échapper à la nasse mise en place par les forces de l’ordre devant l’hôpital Saint-Joseph/Saint-Luc (photos ci-dessous).

 

 

Outre cette débauche tristement familière de méthodes répressives, à Nantes, le quai Wilson, théâtre de cette tragédie, est connu pour être particulièrement dangereux à cet endroit (pas de garde-corps, les courants de la Loire y sont forts, le dénivelé entre les quais et le fleuve y est de 7 à 8 mètres).  Il faut donc questionner la pertinence des ordres donnés aux forces de l’ordre dans le contexte festif décrit plus haut.
Si l’on s’en tient à la version officielle de l’exécutif, les quatorze personnes (parmi lesquelles plus que probablement, Steve qui ne savait pas nager) qui se sont retrouvées à l’eau la nuit du 21 juin voulaient certainement prendre un bain de minuit et non pas échapper à la violente charge policière, comme l’attestent pourtant sur les réseaux sociaux les nombreuses vidéos d’amateurs présents lors de cette tragique soirée. Pourtant, plus le Ministre nous parle de « transparence », plus l’affaire semble opaque, voire glauque.
Cette position est cependant conforme à celle que le pouvoir en place a adoptée depuis le début du mandat Macron et a probablement été accentuée par le mouvement des Gilets Jaunes.
Aujourd’hui, les violences policières se déclinent sous toutes les formes : mensonges, déni, dissimulation, pressions, subornations de témoins, destructions de preuves, classements sans suite, etc. Pire, le gouvernement semble l’assumer ou, en tout cas, il le revendique comme l’a déclaré Sibeth N’Diaye qui « assume parfaitement de mentir pour protéger le Président » .
Il suffit de se pencher sur les dernières affaires de malversations policières, judiciaires ou exécutives pour prendre la mesure des dégâts : Zineb Redouane à Marseille, Geneviève Legay et le procureur de Nice, Alexandre Benalla, ses mensonges et ses parjures, « l’incident » de La Pitié-Salpêtrière et les déclarations de M. Castaner, le gazage des écologistes sur le pont Sully à Paris, les lycéens traités en prisonniers, agenouillés et les mains sur la tête à Mantes-la-Jolie, les comptes de campagne de Macron ou encore, il y a quelques jours, les manœuvres et tentatives honteuses pour déstabiliser Jérôme Rodrigues placé en garde à vue pour violences conjugales [sa compagne avait pourtant catégoriquement nié les faits]. Ce gouvernement donc, non content de manipuler grossièrement l’opinion, tente maintenant de blanchir sa police et met en cause la Mairie de Nantes dans la mort de Steve.

Afin de donner le change et de calmer l’opinion publique, Edouard Philippe a saisi ce mardi 30 juillet l’IGA (Inspection Générale de l’Administration) rattachée au Ministère de l’Intérieur [l’IGA est composée de hauts fonctionnaires recruté.es à la sortie de l’ENA ; préfets, administrateurs civils et territoriaux, officiers généraux et supérieurs de gendarmerie avec, au total, 60 inspecteurs].
Comme le déclarait encore  Philippe Boussion le 25 juin  :

« La responsabilité incombe à celui qui dirigeait les opérations, et ce, même sur place. Nous avons déjà alerté à plusieurs reprises sur la vision de la sécurité de ce commissaire qui expose régulièrement nos collègues par ses prises de décisions et sa vision exclusivement musclée de la sécurité. Nous demandons à ce que l’IGPN fasse son travail et pointe la responsabilité du donneur d’ordre !”.

Nous ne sommes pas dupes quant aux futures conclusions de l’enquête administrative, nous savons désormais comment nos gouvernants mettent en application la justice.
Nous resterons plus que jamais mobilisés pour déstabiliser et faire tomber ce régime qui plane au-dessus des Lois et semble jouir d’une impunité systématique. Jusque quand allons-nous tolérer ça ? Août demeurera JAUNE et septembre se devra d’être JAUNE partout en France.

 

Par Jean-Luc 

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