La République en Marche vers un capitalisme vert

Cet article ne traitera pas de la Marche pour le Climat du samedi 21 septembre, ni de la convergence annoncée entre les mouvements de luttes sociale et écologique. Il ne dénoncera pas les mesures de dissuasion et de répression déployées pour éviter un rassemblement citoyen qui aurait offert une dimension nouvelle à la « grogne sociale » et aux raisins de la colère populaire.
Cette fois, Printemps Jaune a voulu attaquer le problème sous l’angle des idées, celles de notre gouvernement autoproclamé profondément écologiste (1) qui, porté par un souffle nouveau, se refuse à « avoir l’écologie complexée ».  La secrétaire d’État l’a appelé de ses vœux ; LaRem doit être jugée « sur des valeurs et des actes ».  Qu’à cela ne tienne, nous l’avons prise au mot et nous avons décidé de nous attarder sur les trépidations politico-environnementales de ces derniers jours.

 

L’avis de Monsieur Macron sur les marches pour le climat constitue une remarquable entrée en la matière et prouve, si tant est qu’il en était encore besoin, qu’il lui est impossible de se départir de son mépris et de sa condescendance à l’égard de ce qui l’indispose ou l’indiffère.
C’est en effet dans l’avion présidentiel qui l’emmenait à New York pour un sommet spécial « Action Climat » que notre président s’est confié aux journalistes et a proposé aux jeunes Français d’aller manifester en Pologne. Selon sa très fine analyse,  c’est bien la Pologne qui entrave la liberté de mouvement de l’Europe et freine sa conversion verte.  Alors notre président s’emporte et invite la mobilisation citoyenne à l’aider à « faire bouger ceux qu’il n’arrive pas à faire bouger ». (2)
Emmanuel Macron aurait-il oublié la ratification vicieuse du CETA par la majorité présidentielle ? La pérennisation de l’importation de l’huile de palme ? La prolongation de l’autorisation du glyphosate ? Le refus de taxer le kérosène aéronautique ou d’interdire les vols intérieurs ? L’absence de représentants français à la COP 24 ? Les permis miniers délivrés en Guyane ? L’épandage de pesticides autorisés jusqu’à  5 mètres des habitations au détriment des zones de non-traitement de 150 mètres réclamées tant par des mairies que par des associations ?
Outre le mépris non dissimulé du premier homme de France à l’égard des milliers de jeunes qui défilent tous les vendredis, cet éclat résonne comme un aveu de faiblesse de la part de LaRem qui, en admettant avoir besoin de la population pour faire plier les nations réfractaires au changement écologique, admet ainsi sa méconnaissance des mécanismes de développement durable et son incapacité à s’imposer comme un acteur crédible sur la scène internationale.

Consigner le plastique : solution miracle ?!

Cependant, la révolution verte semble bien en marche puisque c’est ce mardi 24 septembre que la loi anti-gaspillage et économie circulaire a été proposée en première lecture au Sénat. Mis sur la table en 2018, ce projet de loi a connu quelques déboires avant d’arriver sur les pupitres de la Chambre Haute.
Il va sans dire qu’on nourrissait de grands espoirs pour cette législation qui, finalement, s’avère n’être rien de plus qu’une énième représentation de  l’incapacité présidentielle chronique à la remise en question et à la prise de responsabilités. C’est d’ailleurs par l’intermédiaire d’une Brune Poirson fière comme Artaban que nous, béotiens du développement durable, avons découvert LA Solution au réchauffement climatique et aux problèmes écologiques. Fer de lance de ce nouveau modèle socio-économique, la proposition de consigner le plastique est l’idée-phare de cette loi dite d’économie circulaire. Notre salvation se trouverait donc dans les futures machines à consigner et pas comme on le croyait jusqu’ici dans un changement drastique de notre mode de production et de consommation. Finalement, le libéralisme capitaliste n’a rien à se reprocher… et Monsieur Macron non plus.
Finis donc les questionnements sur les transports, la rénovation énergétique du parc immobilier, la provenance et le mode de production de nos biens de consommation, les énergies renouvelables ou la décroissance. Toutes ces préoccupations n’ont plus lieu d’être discutées, pensées et solutionnées puisque la France, par l’entremise de LaRem, détient la clé du monde reverdi de demain ; le capitalisme vert ou, pour reprendre l’oxymore présidentiel, l’écologie industrielle. Cette évolution sémantique est symptomatique de la gouvernance macronienne en la matière. Traiter les conséquences et non les causes : non pas consommer moins de plastique – ce qui porterait préjudice aux acteurs de l’agro-industrie, grande gagnante de l’inertie politique  –  mais continuer à en user et à en abuser en déculpabilisant le consommateur.

Le plastique responsable de 4% d’émissions de CO2 : une mesure de façade

Alors évidemment, toute absurde que soit cette solution légiférée au regard des défis environnementaux à venir, il nous faut admettre que l’information et la sensibilisation du public sont primordiales, le recyclage et l’utilisation de matériaux de seconde main aussi  ; il s’agit de mesures tant individuelles que collectives nécessaires. Néanmoins, la réalité du terrain nous oblige à mettre en perspective le recyclage du plastique dans un contexte plus global. A titre d’exemple, le transport représente  38% des émissions CO2 en France contre 4%  pour le plastique. (3)

https://www.futurasciences.com/planete/questons-reponses/pollution-transport-co2-part-emissions-1017/

Partant de là, il devient pertinent de se demander si les efforts doivent à ce point être concentrés sur moins de 5%  du problème. On perçoit nettement la visibilité médiatique de cette proposition et sa relative facilité de mise en œuvre au regard de vraies mesures de protection environnementale. Mais l’économie circulaire – avant d’être un terme galvaudé – est un principe qui doit tendre à réduire les inégalités sociales en même temps que les émissions de CO2, le développement durable n’est viable qu’à la condition qu’il ne s’adresse pas à un public au détriment d’un autre. La course effrénée à la croissance économique et le mode de consommation des pays développés ne seront pas compensés par des mesures prophylactiques telles que la consigne du plastique français. Ce projet de loi n’est rien d’autre qu’une illustration de la politique écologique de façade et une démonstration d’un manque d’ambition et d’un laisser-aller coupable de la part de notre gouvernement.

Make our planet great again ?

Pourtant, le président se défend de faire partie des traîtres à leurs promesses, d’être un de ces dirigeants irresponsables qui abandonne le problème écologique et ses désastres futurs à une jeunesse désabusée. Il répond d’ailleurs à cette même jeunesse par le reproche de radicalisation et d’antagonisation de la société ; qui s’oppose à Macron et son monde est un.e extrémiste.
A la lecture de ces discours indignés, on distingue en filigrane que l’effort écologique ne sera pas demandé aux plus gros pollueurs et qu’on ne nous proposera pas un chemin vers davantage de sobriété. Pire, notre société est invitée à continuer à consommer ce qui la précipite vers sa perte tout en supportant le poids de cette aberration tellement contemporaine.  Le politique nous propose des efforts dérisoires qui n’ont d’autre intérêt que celui de s’offrir une bonne conscience. Paradoxalement, en 2017 , c’était le même Macron qui haranguait les foules à coups de « Make our planet great again » !

 

(1)

(2) https://www.nouvelobs.com/planete/20190923.OBS18812/qu-ils-aillent-manifester-en-pologne-macron-tacle-ceux-qui-marchent-pour-le-climat.html

(3) Citepa :  https://www.citepa.org/fr/

 

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