« J’veux du soleil ! » : l’avis de la rédaction

Photo de S.P. Fakir Lyon

Quand nous avons appris qu’un documentaire sur les Gilets Jaunes sortait sur grand écran, nous nous sommes forcément précipités au cinéma. Réalisé par François Ruffin et Gilles Perret, ce documentaire part à la rencontre de ces gens qui il y a 5 mois, en ont eu assez de courber l’échine.
 Retour d’expérience après le visionnage de « J’veux du soleil ! ».

Gilles Perret caméra à l’épaule, suit un Ruffin facétieux qui fait parler la France des ronds-points et des péages, sans misérabilisme mais sans fard non plus. 
Le spectateur qui voudrait y trouver un parti pris politique ou une analyse anthropologique du mouvement sera déçu. Le film nous confronte aux parcours personnels, aux individus et aux raisons qui les ont poussés à enfiler leur gilet jaune. Les images sont sans fioriture, c’est une réalité un peu crue – parfois carrément déprimante – qui y est dépeinte mais on aime l’émotion nue, les témoignages touchants et l’humanité qui transpire de chacune des prises de vue. Ce morceau de cinéma rend un véritable hommage aux hommes et aux femmes qui ont le courage de s’opposer à la violence sociale qui leur est imposée depuis des années, à la fraternité retrouvée et à une solidarité nouvelle et salutaire.

Alors on sourit quand les réalisateurs s’amusent à intercaler des séquences de BFM ou des bribes d’intervention présentielle dont l’agressivité verbale offre un contraste saisissant avec la réalité des Gilets Jaunes. Une mise en perspective qui décrédibilise presqu’instantanément les analyses politiques.

Et puis, on applaudit l’initiative des deux réalisateurs. On se félicite qu’une voix discordante s’élève dans l’ambiance médiatique actuelle, complice du dédain gouvernemental. On salue la contre-propagande et la prouesse de rendre leur honneur aux gilets jaunes malmenés par l’opinion depuis des semaines. Le duo Ruffin-Perret recentre le débat et éloigne les spectres du poujadisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie ou de tout autre qualificatif accolé habituellement au mouvement et ça, ça fait un bien fou !
Ces constatations faites, la seule chose qu’on pourrait déplorer est un manque d’analyse de fond. On aurait aimé un avis sur la complexité du mouvement vue depuis l’extérieur. Conscients qu’il s’agit d’une volonté affichée des réalisateurs, la restitution telle quelle nous laisse cependant un peu sur notre faim.

« J’veux du Soleil » porte bien son nom ; on sort du cinéma un peu bousculé mais le sourire aux lèvres. L’expérience est forte et émouvante, on se surprend à espérer que ce film convaincra les réticents et galvanisera les militants. 
Ce n’est pas une fiction, c’est le tout premier témoignage du moment historique que nous vivons. Alors un conseil, gilets jaunes ou non, courez le voir : il est d’utilité publique!

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