Gilets Jaunes et élections européennes : Récit d’une indignation générale

Le résultat des élections européennes a suscité de vives réactions au sein du mouvement des Gilets Jaunes, depuis la grande démoralisation jusqu’à l’intense détermination. Mais comment aborder ces résultats en tant que Gilets Jaunes ? Voilà une question bien épineuse à laquelle nous devons répondre afin de trouver des solutions, faire des propositions et surtout enfin passer à autre chose.

Les élections européennes, il faut le dire, étaient sur toutes les lèvres bien avant dimanche dernier. C’était l’occasion pour beaucoup d’argumenter pour ou contre l’abstention, de convaincre les autres de voter pour telle ou tel personnage politique et finalement, de gaspiller beaucoup d’énergie dans ce débat qui au fond ne nous concerne pas réellement. En effet, le vote s’inscrit dans un processus citoyen alors que le mouvement dépasse largement ce cadre en abordant des sujets sociaux, économiques et écologiques mais aussi démocratiques au sein de notre système sociétal. Par contre, les Gilets Jaunes ne se sont pas intéressés à l’Europe, du moins pas en premier lieu.

Aujourd’hui, nous voyons beaucoup de réactions dépitées « 6 mois de mobilisation pour ça !? » ; le Rassemblement National (RN) arrivant en tête avec 23,31 % des suffrages suivi de près par La République En Marche (LAREM) avec 22,41 %. Les médias dominants considèrent que les grands vainqueurs sont les membres de la liste d’Europe Ecologie les Verts (EELV) qui atteignent le score 13,47 % alors que les perdants sont Les Républicains (LR) avec 8,52 % des voix et la France Insoumise (FI) avec 6,38 %. Alors comment interpréter ces résultats ?
Tout d’abord, nous devons prendre en considération le discours des médias mainstream qui, depuis plus de trois semaines, annoncent un duel RN-LAREM sans évoquer d’autre alternative. Il est humain, lorsqu’on ne vous propose aucune autre option, de se diriger vers la fatalité que l’on vous propose ou que l’on vous impose. Nous en sommes un exemple parfait et pouvons faire un parallèle entre les élections et les formes de revendication que nous utilisons. En effet, partis d’un mouvement inédit de bonne humeur et de bienveillance, créateur de lien social, nous sommes tombés dans le piège de la « radicalisation » dès lors que le gouvernement a intensifié la répression à notre encontre. Parce que la violence appelle la violence, il était logique que nous ripostions de la même façon pour nous défendre. Devons-nous rappeler que les Français sont un peuple profondément politique à qui l’on apprend la culture révolutionnaire dès le plus jeune âge ? Le gouvernement ne nous ayant offert aucune autre alternative que celle de la violence, nous nous bataillons depuis des mois pour détruire cette image avec un succès très relatif. Pour en revenir aux élections européennes, il est donc logique que les résultats soient à la hauteur de ce que l’on nous annonçait.
Cependant, il convient de relativiser, la victoire de l’extrême-droite ne donne pas pour autant raison à ceux qui se lamentent de vivre dans un « pays de fachos ». En réalité, en 2014 le RN était déjà premier aux élections européennes avec un score bien meilleur qu’en 2019. C’est aussi oublier que, quoi qu’il en soit, les députés du RN ont été inefficaces dans leur travail puisqu’ils n’ont quasiment aucun bilan à fournir sur leur activité au sein du Parlement européen depuis 2014.

De plus, nous, Gilets Jaunes, pouvons, devons, être fiers de notre mobilisation car depuis maintenant plus de 6 mois, nos revendications et nos actions ont poussé le peuple français – mais aussi à l’étranger – à s’intéresser à nouveau au fait politique. Sans notre mouvement, nous n’aurions jamais vu autant de fois le mot « RIC » inscrit sur les tracts des différents partis, nous n’aurions jamais autant vu de listes parler de ruralité et surtout, il n’y aurait jamais eu quasiment 10 % de plus de participants à ces élections européennes qui, il faut le dire, intéressent très peu les français (notamment depuis le référendum de 2005). Nous pouvons être fiers d’avoir contribué à réveiller cette conscience politique. Et cette baisse du score du RN par rapport à 2014, ajouté à la participation en hausse démontre une perte de terrain de ce dernier parti.

Néanmoins, nous nous devons de souligner un véritable problème quant à la gestion de l’outil démocratique qu’est le vote. Devoir imprimer son propre bulletin de vote revient presque à devoir payer pour voter alors qu’en théorie, il revient à l’Etat de soutenir toute liste désirant s’impliquer dans la vie politique de son pays. On ne parle pas ici de financer toutes les campagnes mais au moins l’impression des bulletins de vote ! De même, nous avons constaté que même lorsque certains partis avaient payé pour voir leur bulletins mis à disposition dans les bureaux de vote, certaines Préfectures s’étaient réservé le droit de ne pas les distribuer. Sommes-nous là en face d’un véritable déni de démocratie ? Il est forcément malaisé de répondre à cette question mais nous pouvons, nous devons même, nous emparer de ce sujet, d’autant qu’il fait écho à l’ultime provocation d’Emmanuel Macron qui disait « Que celles et ceux qui ont une autre vision de ce que doit devenir le pays, la dessinent politiquement, lui donnent forme et se présentent aux élections », puisque, paradoxalement, et comme chacun d’entre nous le sait, il est très facile de se présenter aux élections dans notre pays alors qu’avoir un frigo bien rempli est un combat de tous les jours.
Pour répondre aux propos de M. Macron et au score élevé de LREM aux européennes, nous devons nous mobiliser avec d’autant plus de détermination que la démocratie se joue bel et bien le samedi aussi. Notamment parce que, contrairement à ce que raconte le Président de la République, nous avons des propositions (en faveur du retour de l’ISF, de la mise en place d’un RIC en toutes matières, d’une meilleure lutte contre l’évasion et la fraude fiscale, d’une transition écologique financée par une réorientation du CICE, etc…) et nous ne sommes pas opposés à toute organisation politique si ce n’est celle de son monde oligarchique.

En conclusion, si le chef de l’état peut se satisfaire d’un score de second avec seulement 50 % de votants, attelons-nous à le faire déchanter dès samedi prochain et pour encore 6 mois s’il le faut.
Notre force est que nous luttons pour nos vies depuis des dizaines d’années ; nos peaux sont dures et notre détermination ne vacillera pas. Les élections sont derrière nous, parions que cela va permettre au mouvement d’avancer et d’évoluer.

Par Warren D. 

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