POV 4. « L’hystérie et l’idiotie des manifestants GJ !! » ou le plaisir de comparaître devant un procureur porteur d’une telle conviction…

Une cinquantaine de Gilets jaunes se sont rassemblés devant le tribunal en soutien à une GJ blessée, le 19 février dernier. Photo Xavier BREUIL

Arnaud comparaissait le 23 avril dernier devant la 14ème chambre, les comparutions immédiates car, le 11 mars 2019, il avait demandé le report de son procès au motif qu’il souhaitait qu’on produise les vidéos de la ville enregistrées sur le lieu où on l’accuse d’avoir jeté un projectile sur le policier B en présence du major L.

Le 11 mars, c’est la 17ème manifestation des GJ et c’est la 17ème fois qu’Arnaud participe à la manif. Toujours vêtu de la même façon avec une doudoune et un énorme truc du Rugby Club de Clermont, il dit que, parfois, des policiers supporters du LOU l’interpellent : «Hé, clermontois !». Il a beaucoup joué à provoquer les forces de l’ordre sans jamais dépasser les limites, jamais, comme le notent celles-ci. Donc, ce samedi 9 mars, il aurait jeté Place Jean Macé un projectile (on ne sait pas lequel) qui aurait touché B à la nuque, sans que ce dernier ait été victime de blessures, protégé par son casque et sans qu’il ait eu besoin de voir un médecin. Aucune preuve, si ce n’est le témoignage de L qui assure qu’Arnaud était le lanceur. Bon, vous le savez, les deux policiers sont assermentés et comme dira l’avocate de la partie civile qui les défend : «On ne voit pas quel intérêt Messieurs L et B auraient à arrêter quelqu’un qui n’a rien fait.». Alors, l’intérêt on l’entend tout de suite par la bouche du même B demandant 600 euros de dédommagement pour préjudice moral. C’est vrai que pour un GJ, 600 euros ce n’est pas intéressant.

Aujourd’hui, l’objectif des juges, du procureur et de la partie civile, c’est de démontrer qu’Arnaud est un lanceur de projectile. Le travail de l’avocat d’Arnaud est de démontrer que c’est faux.

On va nous raconter la scène :  il lance un projectile etc. Comme il est au milieu d’une foule de 600 personnes qui risquent de réagir à son interpellation et comme il est habillé de façon voyante, qu’il ne porte rien pour dissimuler son visage et son tatouage au cou, on attend pour l’interpeller qu il sorte d’un bureau de tabac de Bellecour un bon bout de temps après. Son interpellation se déroule tranquillement. Il laisse faire B et L même. Ils n’ont pas fait appel à d’autres policiers, comme on le fait d’habitude. Ils l’interpellent, lui donnent le motif de cette arrestation et lui répond, selon les policiers : «ce n’est pas moi. Je nierai tout sans la présence des vidéos !». Et là, on sent frétiller la présidente. Elle pense qu’il dit cela car il doute que des vidéos aient filmé son geste. D’ailleurs, pour témoigner de son refus de lancer, il rappelle que plus tôt un extincteur a été vidé sur la route. Ce n’est pas lui, mais lorsqu’il repère l’extincteur vide, il prend le soin de le jeter dans une poubelle pour éviter que quelqu’un ne transforme cet objet en projectile dangereux. Non, il n’est pas violent, rappelle-t-il encore et ajoute : «Je n’avouerai jamais quelque chose que je n’ai pas fait, je ne peux pas.».

Le procureur va faire son intervention à charge contre les GJ et contre le prévenu. Il nous fait une description apocalyptique de la situation. Il doit se croire en train de finir un de ces petits roupillons qu’il n’a cessé d’essayer de camoufler tout au long de l’audience. Il rappelle donc que le prévenu «a agi dans un contexte d’hystérie collective et de bêtise collective», et après il continue sur le même ton, pour requérir en fin de compte 9 mois, dont 3 fermes (c’est sûrement hystéricide et idioticide).

L’avocat de la défense : « Donc, selon monsieur le procureur, Arnaud fait l’idiot quand il manifeste, et manifester est un signe d’idiotie. On voit bien que les décisions du parquet sont politiques aujourd’hui.».

Pour rappel :

– 40 % des gilets jaunes interpellés ont eu du ferme.

– 30 % des mandats de dépôt.

En ce qui concerne ce parquet, il est à l’unisson des décisions du parquet général. Pour la partie civile, les éléments du dossier sont simples : elle reconnaît des provocations des deux côtés. La provocation n’est pas une loi pénale.

16 manifs toujours vêtu de la même façon et son tatouage dans le cou, donc on peut l’identifier. Pour quelqu’un qui voudrait lancer un projectile avec cette tenue, ce serait effectivement idiot.

Les deux dépositions des policiers :

Le premier a repéré un homme qui attirait l’attention parmi les manifestants car il portait une grosse parka remarquable. Puis B l’a repéré (moi, je me demande si B n’est pas le même B qui a déjà demandé des dommages, il n’y a guère.), mais il n’ont pu l’interpeller dans une foule virulente. Peut-être qu’à un moment, L a tourné un instant la tête pendant qu’Arnaud levait les bras pour chanter et manifester, comme il le dit, et que comme un projectile est parti, L a pensé, en reprenant son observation, que c’était Arnaud le lanceur. Il y a quelque chose d’étrange dans les deux déclarations des policiers. Dans la première, on dirait que c’est le major L qui a dit au policier B que c’était Arnaud le lanceur, et dans l’autre déclaration, on dirait que c’est le policier B qui a désigné Arnaud au major. Qui a vu qui ???

Ces versions sont contradictoires.

La procédure : « Il y a deux policiers qui affirment, donc il est coupable », il va falloir le prouver.

En effet, le procès a été renvoyé pour pouvoir visionner les vidéos car il y a des caméras de la ville à cet endroit. On nous a refusé ce visionnement sous le prétexte que l’heure du délit n’est pas porté sur le PV qui ne mentionne que l’heure de l’arrestation. Il était facile de cerner cette heure grâce au fameux PV de contexte qui témoigne qu’il y a eu du mouvement à Jean Macé entre 14h30 et 15h30. On pouvait donc bien retrouver cette demi-heure pour la visionner. Cela n’a pas été possible.

La confrontation a été impossible car les deux policiers s’y sont soustraits sous divers prétextes.

La procédure a donc été bâclée car on a refusé d’analyser les éléments donnés.

Les fonctionnaires de police sont des hommes, l’erreur est humaine, et les policiers peuvent se tromper de personne.

Il y a un doute dans ce dossier : 16 fois il se tient à carreau et la 17ème fois, il change ?!

Quand on n’a rien à se reprocher, on demande la relaxe. L’avocat va rappeler le droit de manifester contre ce qui nous paraît injuste. Il va rappeler que les décisions du parquet, et de celui-là en particulier, sont politiques, et récuse donc la peine de prison. Il dit que la requête de dédommagement de la partie civile est complètement infondée. Il s’étonne que ce soit les deux mêmes policiers qui aient interpellé le manifestant qui l’avaient repéré, bien avant de lui coller une accusation, et se demande si les policiers ne se sont pas fait justice eux-mêmes.

Après délibération : coupable de jet de projectile et écope de 100 jours amende à 10 euros + 250 euros de dédommagement du préjudice moral du policier.

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