Chronique 9. Acte 30 : Lyon – Montpellier

Alors qu’à Lyon l’acte 30 se déroulait dans un calme qu’on qualifierait presque de suspect, Montpellier était le théâtre d’une répression policière qui donne la mesure de la volonté gouvernementale d’annihiler le mouvement.

Jérôme V., Gilet Jaune givordin depuis le 17 novembre, se trouvait à Lyon et nous a fait part de ses impressions sur la manifestation à laquelle il a pris part.
« Pour l’ acte 30, le rendez-vous était fixé aux Brotteaux à 14H00. A 14h30, le cortège composé d’un peu moins d’un millier de personnes démarre dans une ambiance très détendue.

Les manifestants entonnent les chants habituel de revendication et le cortège évolue sans encombres, si ce ne sont les quelques changements de directions imposés par les forces de l’ ordre.
Je retiendrai un moment fort de cet acte 30 à Lyon ; le cortège complet est entré et a traversé les Halles de Paul Bocuse. Si les sourires s’étalaient sur le visage des manifestants, les commerçants, eux, étaient extrêmement tendus. Pourtant, nous quittons les lieux sans incident, c’est la symbolique du lieu qui me reste en tête. Les Halles font rayonner la France à l’international, les Gilets Jaunes aussi !


La manifestation suit son court jusqu’aux ponts du Rhône, tous verrouillés par des cordons de policiers, comme de coutume. C’est pendant ce moment de flottement où j’entends diverses propositions pour continuer à défiler que j’ai décidé de m’en aller. Il est 16h30 et je pense, comme d’autres manifestants, que l’événement touche à sa fin. Je retire mon gilet avec la sensation que cette manifestation ne changera pas la société mais qu’elle nous permet de rester visibles. En outre, pour la première fois depuis longtemps, la manifestation s’est déroulée sans incidents particuliers et sans confrontations violentes avec les forces de l’ordre. J’en conclus que finalement, grenades de désencerclement, gaz lacrymogènes, tirs de LBD et menaces ne sont d’aucune utilité lorsque le cortège peut avancer et n’est pas bridé dans chacun de ses mouvements. Je n’espère pas que la police en tire des conclusions mais je me satisfais d’avoir vécu une manifestation dans le calme. L’insurrection est polymorphe ! »

 

Guillaume T., Gilet Jaune rhodanien, avait quant à lui décidé de répondre à l’appel national et de descendre à Montpellier.
Nous l’avons interrogé afin de nous faire une idée plus précise de ce cette manifestation du 8 juin dans le Hérault.

Pourquoi es- tu descendu à Montpellier ? Avec qui ?
Je suis descendu car je ressentais une certaine lassitude sur les manifestations lyonnaises, je savais qu’il y aurait du monde et ça m’a remonté le moral en cette période plus calme du mouvement. Je suis descendu avec des personnes rencontrées sur TEO (N.D.L.R. péage de Caluire) et ailleurs, sur d’autres actions. Ces personnes sont devenus des amis.

Es-tu entré sans encombres dans la ville ?
Nous sommes entrés sans encombre dans la ville car nous étions arrivés la veille. Le matin de la manifestation, nous avons croisés la BAC dans le parking souterrain où nous avions laissé notre véhicule. Nous avons donc laissé nos affaires le temps de déjeuner et nous sommes revenus les chercher ensuite furtivement.

Toi qui es un habitué des manifs lyonnaises, comment as-tu vécu celle de Montpellier ?
Cette manifestation sur Montpellier m’a fait penser à celles de Lyon au début du mouvement lorsque nous ne laissions pas les forces de l’ordre nous guider vers des endroits déserts. Nous les avons menés en bateau et sommes revenus systématiquement sur la Place de la Comédie qui est centrale puisque la ville est circulaire. Nous avons eu le plaisir de faire courir les forces de l’ordre.

Qu’est-ce qui t’a marqué ?
L’ambiance était à la fois joviale et électrique face à une forte répression. Cette répression a été ressentie dès les premières minutes de la manifestation car nous avons approché la préfecture (qui est à 100 mètres de ladite place) et où était présent M. Castaner. A ce moment, j’ai reçu un palet de lacrymogène dans la jambe, heureusement sans conséquences. La police était sur les dents, prête à user de son arsenal à la moindre menace ressentie mais, inversement, à plusieurs reprises elles se sont faites charger par des manifestants déterminés à avancer coûte que coûte.


Quelle conclusion en tires-tu ?
C’était très plaisant de retrouver la spontanéité du début du mouvement.
J’aimerais retrouver cet esprit lors des prochaines manifestations lyonnaises. Une détermination sans failles face à la répression très dure, une solidarité entre manifestants et évidemment la bonne humeur et l’optimisme propres au mouvement.

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