Répression : quand l’exécutif brouille le signal

Première sommation place Bellecour. Photo O.D.

Le corps gouvernemental a beau seriner depuis des semaines que les forces de l’ordre agissent proportionnellement à la menace, dans un contexte insurrectionnel inédit ; il n’est plus possible de fermer les yeux sur l’inquiétante escalade des violences policières à l’égard des manifestants.
Les gazages systématiques et sans distinction, l’utilisation généralisée du – pourtant très controversé – LBD , une utilisation impudique de la matraque même sur des manifestants entravés ou pacifiques et un comportement ouvertement violent, ne cachent plus rien de la volonté politique de restreindre la liberté de manifester.
Jusqu’ici, l’opinion publique ne semblait s’émouvoir ni de l’enchaînement des lois et des décisions aussi liberticides que totalitaires, ni de de l’inflation répressive. Pourtant aujourd’hui, même les médias traditionnels – encore à la recherche d’une certaine neutralité déontologique – ne peuvent plus passer sous silence les violences auxquelles se soumettent avec un zèle jamais démenti les bien nommés gardiens de la paix.

Le XVIIe acte de la mobilisation a été le théâtre de nombreux incidents impliquant les forces de police, pourtant coutumières des samedis jaunes. Avons-nous assisté à un tournant sécuritaire décisif ?
Les images de violence policière – qu’il n’est plus possible de qualifier de ponctuelles ou d’isolées – ont traversé la France entière, provoquant l’inquiétude sur l’état des libertés publiques dans notre République.

Il serait malhonnête de reprocher aux forces de l’ordre – dont la mission est bel et bien d’encadrer et d’accompagner les manifestations et donc la liberté d’expression – d’appliquer la doctrine préfectorale qui consiste à tenir à distance les manifestants et à utiliser la force…en dernier recours. Cependant on ne peut que constater l’utilisation abusive de techniques policières critiquables, telles que le kettling (ou « nasse ») qui consiste à créer des cordons policiers se déplaçant dans le but de diriger le cortège vers un lieu déterminé. Les manifestants ayant alors deux possibilités ; s’éloigner vers la seule issue laissée libre ou rester sur place, avec les conséquences et les risques que ce choix comporte. Ainsi, la police décide du parcours mais aussi du rythme et du moment où le cortège sera dispersé. Cette stratégie ayant évidemment pour corollaire une montée en tension qui, elle-même, fournit un prétexte aux forces de l’ordre pour faire usage de leur arsenal, mener des charges et finalement procéder à des arrestations, souvent arbitraires.

Néanmoins, les exactions policières ne semblent pas étonner nos responsables politiques qui continuent à clamer sans sourciller que les policiers font un travail exemplaire, qu’ils répondent uniquement à une violence qui se répandrait comme la peste au sein des manifestations, et donc globalement à une incroyable radicalisation simultanée des manifestants, aussi invraisemblables que ces allégations puissent paraître. Pire encore, l’Elysée se refuse obstinément à remettre en cause les commandements donnés aux forces de l’ordre par les autorités préfectorales alors que la répression policière ne touche que rarement les casseurs mais ne rate jamais les militants pacifiques.

Vision manichéenne et obscurantiste du mouvement ou volonté de le briser en instillant la peur ? Le matraquage idéologique semble venir étayer le matraquage physique.

Mais y a-t-il encore quelqu’un pour jouer le jeu de dupes que nous impose les représentants de la classe possédante, pour croire les déclarations provocatrices de l’exécutif et nier l’instrumentalisation d’une violence marginale ?

Même les grands médias qui, jusqu’alors, relayaient la position oligarchique en mettant en scène les violences au sein des manifestations se voient contraints de sortir de leur mutisme devant l’ampleur des débordements policiers.

Et la dérive autoritaire ne s’arrête pas là puisque, insidieusement, la répression judiciaire a suivi la répression policière.
Quatre mois après le début du mouvement, on dénombre plus de 2200 blessés, dont 148 graves, 5 mains arrachées et 22 yeux crevés mais aussi 8400 interpellations, 7400 gardes à vue, 1300 cas de comparutions immédiates et 316 personnes placées sous mandat de dépôt.

Certains avocats et magistrats eux-mêmes s’en sont offusqués. La charge de la preuve a été renversée, il n’y a plus présomption d’innocence. La machine judiciaire s’est emballée, elle ne fonctionne plus normalement, c’est matériellement inconcevable ; il lui a fallu multiplier des procédures à peine légales et infliger des peines hors de proportion.

La justice est devenu l’outil de la répression et semble avoir relégué sa mission et sa dignité aux oubliettes.
Alors, en France, on s’est ému de ces violences, indignes d’un Etat de droit et de ses valeurs républicaines, pourtant portées haut par le régime macronien. En vain. Même l’ONU qui réclame une enquête approfondie sur l’usage excessif de la force par les forces de l’ordre ne parvient pas à faire vaciller les sbires présidentiels qui ne se départissent plus de leur morgue de classe.

Jusqu’où Emmanuel Macron, si prompt à condamner la dictature vénézuélienne, laissera son propre pays s’embourber dans l’autoritarisme ?

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