Des gilets jaunes à la recherche de Steve au Tour de France

Par Warren

A l’occasion de la 8e étape du Tour de France passant entre Mâcon et Saint-Etienne, ce samedi 13 juillet, les gilets jaunes de Tarare, aidés par les motards et des gilets jaunes de Lyon, ont organisé une action de communication afin de mettre en avant leur détermination et certains éléments d’actualité.

Tout a commencé après l’assemblée du Rhône du lundi 8 juillet. Au cours de cette assemblée houleuse, on rappelle entre autres que le Tour de France passe non loin de Lyon et plus particulièrement à Saint-Etienne et à Tarare. Des gilets jaunes de Lyon et de Tarare se sont retrouvés un p  eu plus tard pour discuter d’actions à élaborer pour profiter de la couverture médiatique. Le dialogue était constructif, et il a été convenu qu’une opération serait montée et que les informations seraient transmises en fin de semaine aux gilets jaunes lyonnais. C’est ainsi que, rassemblant du monde d’un côté, élaborant une opération de l’autre, les gilets jaunes de Lyon et de Tarare, ensemble, se sont retrouvés samedi matin sur le passage du Col de la Croix Paquet. A préciser que les gilets jaunes de Tarare ont fait un travail très important dans la nuit de vendredi à samedi, mettant la route sur la montée du Col aux couleurs des gilets jaunes avec des messages visibles même depuis un hélicoptère ! Quelle surprise pour les gilets jaunes de Lyon, accueillis par ailleurs avec beaucoup de solidarité par Tarare. A préciser qu’il y avait également deux autres équipes présentes pour le Tour, une à Tarare même et l’autre à Villechenève.

L’opération s’est donc déroulée en plusieurs temps. La mobilisation d’une part et la coloration et décoration des lieux d’autre part. De nombreux slogans émaillaient le trajet : « On est là », « Manu on arrive » ou même des « Où est Steve ? » peints au sol, mais aussi des banderoles déployées lors du passage des coureurs du Tour de France.

Certains se sont étendus au sol pour éviter qu’on efface les slogans

Environ deux heures avant le passage du peloton, une camionnette passe vers la ligne d’arrivée, deux ouvriers en descendent équipés de rouleaux de peinture blanche et commencent à recouvrir les messages des gilets jaunes, et uniquement les messages des gilets jaunes. Certains se sont étendus au sol, recouvrant les slogans et inscriptions pour les protéger. L’un des ouvriers déclare :

« Vous faites bien, comme ça je ne peux pas les effacer, j’ai mes ordres de la part du Tour de France mais je ne veux pas me battre avec vous, je suis comme vous, un ouvrier qui gagne ma croûte. »

La gendarmerie ne tarde pas à encercler le groupe de gilets jaunes (alors sans gilets) et leur demande s’ils comptent bloquer le Tour. Non-sens répliquent certains ! Quel intérêt de bloquer un événement sportif ? Nous n’étions pas là pour « faire chier le monde » mais pour montrer à ce gouvernement que nous sommes partout et qu’il ne se débarrassera pas de nous. On nous déclare que tout slogan ou toute inscription avec le mot « Macron » entraînera une garde à vue immédiate, « On vous embarque tous, je préviens », assène un des gendarmes. Un hélicoptère de gendarmerie est mobilisé pour nous filmer, nous, trente gilets jaunes mobilisés ce samedi à cet endroit. C’est « comme à la maison » pour les Lyonnais, mais semble un peu disproportionné à nos amis de Tarare et aux spectateurs du Tour, qui s’interrogent.

Afin de contre-attaquer, nous avons utilisé des affiches demandant « Où est Steve », collées sur les panneaux publicitaires des nombreux sponsors du Tour. Les affiches sont très vites arrachées mais suscitent le questionnement des spectateurs. Un père et son fils viennent nous voir, le jeune garçon de 9 ans nous demandant de lui attacher une affiche sur le torse pour ne pas que l’on lui arrache.

« Tu sais ce qu’elle signifie ? Tu pourrais avoir des problèmes », lui demande l’un des gilets jaunes. La réponse vient à la fois du père et du fils : « Oui, mon père m’a expliqué, c’est pas normal qu’on vous empêche de poser la question » et « s’ils touchent à mon fils ça va chauffer, aller, ne lâchez rien ! »

Certains coureurs sourient aux gilets jaunes

Nous décidons alors de mettre les affiches au dernier moment afin qu’elles ne soient pas arrachées. C’est ensuite que défilent les différents pelotons du Tour de France, et les gilets jaunes sont à ce moment visibles en direct sur des médias dominants. Nous remarquons d’ailleurs que certains coureurs tournent leur tête pour nous regarder, d’autres esquissent même un sourire. A noter que cette action s’inscrit entre autre dans la continuité d’une action de collage d’affiches ayant eu lieu sur Lyon quelques jours plus tôt avec les mêmes affiches demandant Où est Steve.
Alors Monsieur Castaner, qu’avez-vous fait de Steve !?

[N.D.L.R. Steve Caniço est un jeune homme de 24 ans tombé dans la Loire à Nantes avec 13 autres personnes, lors de la Fête de la Musique le 21 juin après une charge de la BAC (brigade anti-criminalité) à grand coups de gaz lacrymogène, de grenades de désencerclement et de tirs de LBD. Seulement Steve n’est jamais remonté. Lors de cette fête de la musique nantaise, pendant les  différentes actions du mouvement des gilets jaunes, ou dans nos quartiers, comme on a pu le constater notamment à Grenoble, la répression policière est sans précédent. C’est une des raison pour laquelle les gilets jaunes s’élèvent aujourd’hui encore. Le silence du ministère de l’intérieur ajoute encore au manque de considération. Le mépris du gouvernement pour les morts et les blessés est flagrant, le silence sonne comme un refus d’assumer ses responsabilités à l’heure où la dignité imposerait le départ de Christophe Castaner.]

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