Chronique 10. Acte 31 : Catch me if you can !*

Samedi 15 juin, 7000 manifestants dans la France selon les « grands » médias.
Et pourtant…Le mouvement ne s’éteint pas, il mute et se transforme. Conscients de l’efficacité relative des manifestations et lassés par une répression policière et judiciaire toujours plus dure, les Gilets Jaunes changent de tactique. Moins visibles mais plus percutants, ils ont l’ambition d’aller partout où le capitalisme effréné a pris ses quartiers. Les insurgés revendiquent une justice sociale et une démocratie directe et pour y parvenir, ils ont compris qu’il faut toucher à la trésorerie des oligarques qui s’enrichissent sans vergogne pendant que le peuple crève.
A l’occasion de l’acte 31 du mouvement, les activistes jaunes étaient partout et nulle part à la fois. Impossibles à dénombrer, le gouvernement et ses médias vont devoir mesurer l’ampleur de la mobilisation aux pertes financières que subira l’ultra-capitalisme et à la mine déconfite des parasites qui s’engraissent grâce à un capital spoliateur ou spolié, acquis sans avoir versé la moindre goutte de sueur, si ce n’est celle des citoyens qu’ils oppressent.
Voici donc le récit d’une journée d’actions symboliques.

Quand les flics ferment Téo !
Par Olivier D.

Alors qu’ils n’occupent plus quotidiennement le lieu depuis le mois de janvier, les Gilets Jaunes ont réinvesti le péage du périphérique Nord de Lyon (Téo), ce samedi en fin de matinée. Au-delà de la démonstration de force, le message était clair : dénoncer les politiques d’infrastructures et de transports qui dépècent la puissance publique au profit des multinationales capitalistes et pénalisent les citoyens sous prétexte d’écologie.

Une soixantaine de Gilets Jaunes de Lyon et de ses environs se sont discrètement organisés pour réinvestir ce 15 juin le péage de Téo sur la commune de Caluire et ainsi permettre le passage gratuit des automobilistes. Bien rodés à l’exercice puisqu’ils ont occupé ce péage pendant deux mois à partir du 17-Novembre, ils ont levé les barrières et désactivé les systèmes de paiement sans dégrader le matériel. Le flux de véhicules pouvait alors continuer sans le moindre ralentissement par rapport à son rythme ordinaire.

Mais sept mois après le début de l’insurrection et tous les événements qui se sont produits depuis, cette action ne pouvait évidemment pas avoir la même signification. Alors que l’occupation quotidienne visait directement l’aspect économique du péage – plusieurs millions d’euro de perte en deux mois – dans la perspective vague d’un bouleversement à court terme de l’ordre établi, autrement dit d’une révolution, l’opération de ce samedi était plus symbolique avec des messages clairs. Rapidement après avoir libéré la circulation, les Gilets Jaunes ont en effet exhibé et installé des banderoles et des pancartes pour dénoncer la capture du pouvoir d’Etat par une oligarchie et rappeler le scandale de la privatisation des autoroutes, alors que s’initie la collecte des signatures pour le référendum d’initiative partagée (Rip) contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP).

Les flics n’ont bien sûr pas tardé à arriver. D’abord une poignée, ils se sont heurtés au nombre et à la détermination des Gilets Jaunes présents qui avaient convenu entre eux de ne pas négocier leur retrait. Pour la plupart et par précaution sur le côté de la route, les activistes ne facilitaient pas le travail de répression et se tenaient même prêts à déborder la police en cas d’intervention (on sait que des consignes préfectorales ont été données pour dégager – donc invisibiliser – le plus rapidement possible et manu militari les manifestants). Puis des renforts ont débarqué qui ont bloqué la circulation dans le sens Est-Ouest. La tactique était habile, faisant croire aux automobilistes retenus hors champ que les GJ étaient responsables de la perturbation… Les équipements de combats ont été passés et des troupes en armure se sont avancées pour cerner les manifestants pourtant pacifiques et sans armes.

Un sit-in sur la voie a alors brièvement été improvisé. Mais pour éviter la mauvaise publicité que pouvait entrainer l’occupation de la chaussée alors que la circulation payante était rétablie sur la voie la plus à gauche, les activistes ont rapidement décidé de quitter les lieux.

Quelle (dé)monstration plus éclatante de la fonction que jouent aujourd’hui en France les « forces de l’ordre » ? On a souvent moqué cette appellation en pointant le chaos que ces troupes ont provoqué dans les manifestations des dernières années. Le titre n’est-il pas mérité pourtant si l’on comprend que l’ordre qui est défendu est celui de Macron et de son monde, celui de l’oligarchie financière d’Etat, celui que les Gilets Jaunes ont tenté et tentent encore par d’autres moyens, d’ébranler ?

Après eux, le déluge …
Par Guillaume T.

Conscients que les forces de l’ordre allaient rapidement mettre à mal le projet d’ouverture de TEO, les Gilets Jaunes du Rhône avaient prévu un plan B. Il était convenu d’aller soutenir le service d’urgence gréviste de l’hôpital Edouard Herriot. Dès leur arrivée, les militants lèvent et maintiennent les barrières ouvertes de façon à ce que les patients puissent sortir de l’établissement hospitalier.


Le gérant du parking semble furieux et les forces de l’ordre se mettent en place pendant que l’orage se met à gronder. C’est sous une pluie battante que les manifestants tentent de mener cette opération à bien. Rapidement, les forces de police partent s’abriter dans leurs fourgons. Nous nous demandons encore si ce sont les averses diluviennes ou l’absence de dégradation et l’impossibilité d’user de gaz lacrymogènes dans l’enceinte d’un hôpital qui les ont dissuadés de nous poursuivre de leurs assauts.


Depuis les fenêtres, le personnel hospitalier nous salue et les patients nous décochent des sourires. C’est dans la satisfaction que nous décidons de nous retirer et de nous diriger vers notre prochaine opération.

Une virée shopping qui tourne au jaune
Par Amanda Z.

Le groupe de Gj qui s’était rendu au préalable sur le péage de TEO et l’Hôpital Édouard Herriot s’est ensuite dirigé vers le centre commercial de la Part Dieu.
Un point de RDV était fixé à l’intérieur de la galerie marchande. Une fois rallié par l’ensemble du groupe, les chasubles jaunes ont été sorties et un petit cortège s’est formé avec en tête une banderole mentionnant « Multinationales stop à la fraude fiscale ».
Le but de cette action pacifique était de sensibiliser les citoyens et de dénoncer l’injustice fiscale et les multinationales telles que Mc Donald, Starbucks, Sephora et tant d’autres, qui ne paient pas leurs impôts en France.
L’action s’est déroulée dans le calme jusqu’à ce que des vigiles commencent à s’échauffer et jouer un rôle qui n’était pas le leur ; s’en prendre physiquement les manifestants et faire montre d’une certaine violence verbale, ce qui a forcément entrainé les premières altercations.
Ensuite, le cortège a repris sa route mais a rapidement été rejoint par les forces de de l’ordre.
Initialement, celles-ci ont simplement fait barrage pour empêcher les manifestants de continuer. Ensuite, comme d’habitude, le ton est monté entre ces derniers et la police qui n’a pas tardé à nasser un groupe composé de nombreuses femmes et de personnes âgées. Les gardiens de la paix commerciale, exaspérés, ont commencé à diriger les manifestants de force vers la sortie. La poussée a été violente, trop violente, inappropriée et disproportionnée et des personnes sont tombées.
Certains gilets jaunes ont pourtant tenté de faire appel à l’humanité des forces de l’ordre en leur demandant un peu d’attention vis-à-vis des personnes âgées… Mais certains agents doués de parole ont simplement rétorqué que ce n’était pas leur problème. Vraiment ?!
Nous avons été évacués, et avons rejoint l’autre groupe de GJ devant l’entrée principale où nous sommes restés quelques longues minutes supplémentaires.

Nous espérons éveiller les consciences endormies, dénoncer les injustices et les inégalités que notre société tend à banaliser. Nous restons plus que jamais déterminés !

*Attrape-moi si tu peux

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