Chirac, le nouveau Kim Il Sung

Par Aurélien 

Jacques Chirac est décédé le 26 septembre. Cest une triste nouvelle dun point de vue humain, mais mérite-il ces éloges médiatiques et un deuil à la Kim Il Sung jusque dans lEducation Nationale ? Certainement pas !

 

A peine 24 heures après lannonce du décès de lancien Président de la République, les directeurs d’école du Rhône, de lAin et de la Loire ont reçu un drôle demail émanant du recteur – représentant du ministre Jean-Michel Blanquer à la Région – à propos de la journée du 30 septembre, décretée journée de deuil national par Emmanuel Macron. Ils sont ainsi invités à « mettre les drapeaux en berne », « organiser à 15 heures un moment de recueillement permettant au personnel de sassocier à ce moment de deuil national » mais plus intrigant encore, « à consacrer un cours de cette journée à l’évocation de la mémoire de lancien Chef de lEtat ».

Cette attitude de la part du système politico-médiatique est un exemple de plus confirmant que la France peut difficilement se définir comme une démocratie. En effet, dans un système démocratique, les médias ne communiquent pas mais informent, le Ministère de lEducation nendoctrine pas mais enseigne lesprit critique. Ce front commun de la bourgeoisie na pour but que de soumettre un peu plus le bon peuple à ses maîtres, en jouant sur l’émotion.

Pourtant, limage quon nous assène dun Chirac gaulliste, homme de conviction, un « grand homme » ne tient pas cinq minutes face aux faits. Au contraire. Jacques Chirac représente à lui seul toutes les dérives de la Ve République, et apparaît comme une parfaite synthèse de ce contre quoi les Gilets Jaunes et les opposants à la non démocratique Ve République se battent. En voici quelques exemples. 

Chirac, le cumulard et lassoiffé de pouvoir ?

Chirac a été successivement ou simultanément :

  • Député (de 1967 à 1995)
  • Président du RPR (de 1976 à 1994)
  • Secrétaire dEtat à lemploi (de 1967 à 1968)
  • Secrétaire dEtat à lEconomie et aux Finances (de 1968 à 1971)
  • Président du conseil général de Corrèze (de 1970-1979)
  • Ministre délégué aux Relations avec le Parlement (de 1971 à 1972)
  • Ministre de lAgriculture (de 1972 à 1974)
  • Ministre de lintérieur (en 1974)
  • Maire de Paris (de 1977 à 1995)
  • Député Européen (de 1979 à 1980)
  • Premier Ministre (de 1986 à 1988)
  • Président de la République (de 1995 à 2007)

Pour atteindre un tel palmarès, Chirac a trahi – tout le temps et tout le monde – dans son propre camp politique : Chaban-Delmas en soutenant Giscard, qui en fera son premier ministre, puis Giscard en ne donnant pas de consigne de vote contre Mitterrand, ce qui lui permettra de devenir le principal opposant, Balladur en se présentant contre lui, et enfin Sarkozy en appelant à voter Hollande.

Chirac, le raciste et le colonialiste ? 

On oublie trop souvent que Jacques Chirac, a approuvé personnellement lassaut de la grotte à Ouvéa [NDLR. du 22 avril au 5 mai une vingtaine de gendarmes est prise en otage en Nouvelle-Calédonie par des indépendantistes]  provoquant la mort de 19 Kanaks et 2 militaires, refusant de négocier, face à « la barbarie de ces hommes, si on peut les appeler ainsi » (sic). On oublie aussi son attitude envers Gaston Monnerville, président du Sénat, noir. Par contre, on ne peut pas oublier son célèbre discours lors dun meeting du RPR, ouvrant officiellement la période de course électorale aux voix de lextrême droite, qui perdure encore aujourdhui sous Macron, via la Loi Asile & Immigration ou le détournement de la laïcité comme arme contre les musulmans.
La citation complète est sans appel, et du même niveau que les Zemmour, Bolsonaro, Trump ou Salvini :


« Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs [] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. »

Chirac, le truand ?

Premier président condamné par la Justice pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale dintérêts, il faut rappeler également laffaire Robert Boulin opposé au clan Chirac/Pasqua, et « suicidé » alors quil menaçait de divulguer le réseau de fausses factures du RPR.

Chirac, lami des dictateurs et des milliardaires ?

Hassan II, Ben Ali, Sadam Hussein, Ben Ali, Bongo pour la première catégorie, Serge Dassault, Martin Bouygues et François Pinault pour la deuxième. Comme un certain Emmanuel Macron avec Bernard Arnaud, Jacques Chirac est lui un ami fidèle de François Pinault, 30e fortune mondiale et prioritaire du Groupe Kering (Gucci, Yves-Saint-Laurent, Balenciaga, Boucheron), chez qui il se rend régulièrement et qui lui met à disposition son Jet pour passer des vacances chez le Roi du Maroc ou en Tunisie avec Ben Ali, son autre ami. Le nouveau héros national ne cessera de protéger ses amis et leur intérêts.

Chirac, le destructeur ?

Quoi de mieux pour fêter le cinquantième anniversaire des bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, que de reprendre les essais nucléaires ? Les conséquences sanitaires et environnementales seront terribles.

Chirac, l’europhile ?

« lEuro est une victoire de lEurope », « lEuro est une chance » « lEuro nous apportera plus de stabilité et demplois ». Jacques Chirac soutient à partir de 1998 que le passage à lEuro fera le bonheur des Français, mais quil faudra pour cela des réformes profondes de lEtat. Tiens, tiensce discours a un air de déjà entendu. Sans doute parce qu’il est répété en boucle par tous les présidents : Sarkozy, Hollande et maintenant Macron.

Chirac, lultra-libéral ?

La casse du code du travail sous Manuel Valls et Emmanuel Macron, ainsi que la casse de la Sécurité Sociale (Réforme des retraites, réforme du chômage) sous Edouard Philippe et Bruno Lemaire, ne sont que les remakes des tentatives avortées dAlain Juppé en 1995 sur les retraites et de Philippe De Villepin en 2006 avec le CPE (contrat de première embauche), sous la présidence de Jacques Chirac

Période de deuil oblige, il convient de nous arrêter ici. Hommage à lhomme néanmoins, au père de famille, au grand-père, mais non à lhomme public ou à lhomme politique qui a continué à livrer la France aux puissances dargent au même titre que Pompidou, Giscard, Fabius, Delors ou Rocard, tout en se servant de limmigration comme d’un écran de fumée électorale. Passons vite à autre chose donc.
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çais continue, la vie suit son cours

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