Carnaval des colères à la fête des Lumières

 Samedi 7 décembre nous avons été informé de la tenue d’un carnaval à l’occasion de la fête des Lumières. Les organisateurs appelaient tout un chacun à venir avec ses révoltes, des pancartes et ses couleurs. Nous nous y sommes rendus, interpellés par la convergence que sous-entendait ce projet mais aussi alléchés à l’idée de défiler sur la Presqu’île, parmi les vagues de visiteurs et ce faisant, de rendre visible ce que la préfecture tente péniblement de cacher à grands renforts d’interdiction de manifester.

Nous nous sommes donc retrouvés à 19h au niveau du pont de la Guillotière et une demi-heure plus tard, le cortège a démarré, entonnant chants et slogans tout en traversant – pleins d’optimisme – le pont en direction de la Presqu’île.
Arrivés au point d’entrée de la Fête des Lumières, place des Cordeliers, les manifestants se sont vu interdire sans surprise l’entrée de l’événement. Avec une détermination qui nous a laissés pantois tant dans son expression que par la réaction des services de sécurité secondés par les forces de l’ordre, le cortège est passé sans dommages. Grâce à une première percée, une vingtaine de manifestants a pu passer le point de contrôle et, aidés par ceux-ci, le reste du cortège a mis au sol les barrières mobiles ne laissant aux gendarmes d’autre choix que de laisser passer l’ensemble de cette joyeuse cohorte.
Ce sont donc plus de deux cents manifestants qui ont fendu la foule et qui ont déambulé pacifiquement dans les rues bondées de la Presqu’île sous les yeux médusés ou amusés des visiteurs.
Le cortège a marché pendant plus d’une heure d’une attraction à l’autre tout en distribuant des tracts d’information aux passants sans être arrêté. Les forces de l’ordre se rassembleront et n’agiront que sur le coup des 20h30. C’est alors que les manifestants ont alors été encerclés et repoussés vers les quais, loin du périmètre touristique.

 

Nous, Gilets Jaunes habitués à une répression agressive, nous interrogeons sur l’attitude des forces de l’ordre face à cette manifestation. Serait-il possible que revêtir le gilet jaune nous stigmatise et que la police ait développé un réflexe pavlovien à sa vue ?
Il y a, nous en sommes persuadés, une part de vérité dans cette question mais nous savons aussi à quel point la ville compte sur le tourisme et les revenus qu’il génère. Malheureusement, la Fête des Lumières s’inscrit dans une politique globale de métropolisation qui tend à aggraver les inégalités en renforçant la fracture territoriale. Quoi qu’il en soit la Métropole a visiblement tiré des leçons de l’édition 2018 et du gazage massif – manifestants et visiteurs confondus – qui avait alors eu lieu sur la place Bellecour. Il est forcément raisonnable de penser que la police a laissé le « Carnaval » défiler jusqu’à ce qu’il atteigne un lieu stratégique qui lui permette de repousser les manifestants sans user d’autre force que l’intimidation.

 

L’initiative était évidemment intéressante et sensée, la détermination des manifestants admirable et nous ne pouvons qu’applaudir que les protestations publiques se multiplient. Nous sommes persuadés que les messages à destination du public manquaient de clarté. En effet, pour qu’une action ait des répercussions, qu’elle convainque et/ou qu’elle pousse à l’action, son message doit être univoque et sa communication claire. Or, la somme des colères aidant, les slogans et les revendications ont fusés sans cohérence. En effet, le gros du cortège s’élevait contre ce que les détracteurs de la Fêtes des Lumières nomme la Disneylandisation de la ville. En marge de ces dénonciations s’en sont greffées d’autres : écologie, anticapitalisme, antifascisme, revendications politiques, slogans de Gilets Jaunes, etc… Tous ont probablement leur place dans le mouvement social qui se construit mais ils ont malheureusement rendu inaudible le cortège dans son ensemble, qui est davantage devenu l’énième attraction de la soirée qu’une remise en question des visiteurs.

Nous sommes cependant optimistes et ravis d’avoir participé à cet événement qui nous conforte encore s’il en était besoin, que c’est en communautarisant nos rages, nos revendications et nos idées que nous parviendrons à faire avancer la société vers des jours plus juste, plus solidaires et plus humains. C’est par le biais de ce qu’on appelle la « convergence » que nous pourrons obtenir ce que nous réclamons à corps et à cris. Il convient maintenant d’accorder nos revendications, de structurer nos colères et d’enfoncer une à une les portes que nos politiques nous ferment au nez.
Nous avons le nombre, ils ont l’argent… Ils utilisent l’argent, utilisons le nombre !

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